1ère Partie
Dans les amis de stanilas de Guaïta il semble évident de parler de Gérard Encausse plus connu sous le pseudonyme de Papus qui fut l'un des plus fidèles amis de Guaïta.
Pendant ses études de médecine, Gérard Encausse cherche à élargir ses connaissances dans l'ésotérisme et passe ses journées à la Bibliothèque Nationale à la recherche de textes anciens. Il étudie la Kabbale hébraïque, le tarot, des grimoires magiques, l'alchimie, les ½uvres d'Eliphas Levi. Il décide de lutter contre le scientisme de l'époque et de vulgariser les ouvrages occultes. Son objectif est de faire de Paris le centre de l'occultisme. C'est à ce moment là qu'il prend le pseudonyme Papus d'après le nom d'un esprit du Nuctemeron d'Apollonius de Tyane (Appendice du Dogme et Rituel de la Haute Magie de Eliphas Levi).
C'est par l'intermédiaire de son ami Henri Delaage (1825-1882) que Papus aborde l'½uvre de Louis-Claude de Saint-Martin. Peu de temps avant son décès, Delaage remet à Papus, deux lettres et un résumé de la doctrine qui avait guidé toute son ½uvre. Le jeune Papus, dès lors, cherchera à transmettre cet héritage. Les premières initiations ont lieu de 1884 à 1885 (Martinesisme, Willermosisme, martinisme et franc-maçonnerie, Paris, Chamuel 1899) et en 1887, Papus fonde l'Ordre Martiniste qu'il dotera d'un Suprême Conseil en 1891. Les premiers martinistes furent ses amis, Paul Adam, Maurice Barrès, Stanislas de Guaita, Victor-Émile Michelet et Peladan. L'Ordre Martiniste deviendra l'ordre initiatique le plus important de l'époque.
L'année suivante, avec son ami Lucien Chamuel, Papus fonde la Librairie du Merveilleux et la revue mensuelle 'L'initiation » qui devient la principale revue occultiste française dans laquelle on relève les noms de Guaïta, Barlet, Matgioi, Marc Haven, Sedir, Rochas, Chamuel. Les articles de la revue traitent en priorité de l'histoire et de la philosophie de la franc-maçonnerie traditionnelle, des divers courants mystiques et du martinisme. Ainsi dans le premier numéro, on peut lire au sommaire d'octobre 1988, des articles tels que : « l'Initiation » de Charles Barlet, sur la Franc-maçonnerie avec « le symbolisme » par Papus, la Physiognomonie avec « La Théorie des Tempéraments » par Polti et Gary, Louis Claude de St Martin par Julien Lejay, « La légende de l'inceste » par Joséphin Péladan. Dès sa parution, la revue rejette les doctrines matérialistes et se pose comme l'organe de la renaissance spirituelle ». Cette revue paraîtra jusqu'en 1912 puis sera reprise par son fils Philippe Encausse en 1953.
La même année, il publie son premier ouvrage de vulgarisation : « Le Traité élémentaire de science occulte». Il a vingt-deux ans. Papus ne tarde pas à polariser l'activité ésotérique de Paris
A la même époque, il s'affilie à la Loge Isis, première Loge créée par la Société Théosophique et qui réunit des spirites devenus théosophes. Le jeune Papus collabore à la revue théosophique « Le Lotus » dirigée par un jeune théosophe Félix Krishna Gaboriau. Mais les relations de Papus avec la Société Théosophique s'enveniment à propos d'un article paru dans la revue « Le Lotus ». En effet, en juin 1888, Papus avait préparé un article plein d'éloge sur l'occultiste Saint-Yves d'Alveydre, célèbre auteur des « Missions » et disciple de Fabre d'Olivet, qu'il considère comme son maître intellectuel. L'article sera remanié à l'insu de Papus et publié avec des propos nettement moins élogieux envers Saint-Yves d'Alveydre. Une querelle éclate provoquant une scission entre les partisans de Gaboriau et ceux de Papus et l'intervention du Colonel Olccot, un des fondateurs de la Société Théosophique. Une nouvelle loge Hermès créée en novembre 1888 est placée sous la direction de Papus. Il y restera deux ans.
C'est aussi l'époque où Papus participe à la création de l'Ordre « Kabbalistique de la Rose + Croix sous l'impulsion de son ami Stanislas de Guaïta . On retrouve parmi les membres du Suprême Conseil les noms de Barlet, l'abbé Alta, Joséphin Péladan dont il sera question dans le prochain article, Marc Haven, et Paul Adam. L'Ordre Kabbalistique de la Rose + Croix recrutait ses membres après leur avoir fait passer des examens qui leur permettaient d'obtenir après quelques années d'études le titre de bachelier, de licencié et de docteur en kabbale.
Papus est également l'un des principaux organisateurs du Congrès Spirite et Spiritualiste qui a lieu en septembre 1889 à Paris, et qui réunit cinq cents délégués de dix-sept pays, appartenant à trente-quatre groupes différents : spirites, théosophes, kabbalistes, swedenborgiens, théophilanthropes, magnétistes.... Ce congrès détermine la séparation entre les doctrines spirites et les doctrines occultistes. Ces deux écoles marquent leur opposition dans leurs conceptions sur les fins dernières de l'homme. Pour les spirites, il y a le corps matériel, l'esprit et le périsprit, lien fluidique qui sert de nouveau corps à l'esprit dans l'au-delà. Pour les occultistes, l'homme est composé du corps matériel, de l'âme, qui est d'essence divine, et du corps astral, qui à la différence du perésprit des spirites, se dissout complètement après la mort.
En 1890, Papus, crée « Le Groupe Indépendant d'Etudes Ésotériques » dont le but est de diffuser les principales données de la science occulte dans toutes les branches, former des membres instruits pour toutes les sociétés en lien avec l'occultisme et des conférenciers dans toutes les branches de l'occultisme, et enfin étudier les phénomènes du spiritisme, du magnétisme et de la magie (théorie et pratique). Il fonde, cette année là, une nouvelle revue « Isis dévoilée »
Deux ans après la création de ce Groupe, une soixantaine de branches dont plus de la moitié à l'étranger sont répertoriées en Europe, Etats Unis, Canada, Cuba, Argentine, Panama et en Égypte. Des cours d'hébreu, de sanscrit et d'alchimie sont dispensés avec pour professeurs Papus, Sédir, Victor-Emile Michelet, et A. Chaboseau. La section alchimie, dirigée par Jollivet-Castellot, est à l'origine de la Société Alchimique de France. De plus, Papus organise des conférences sur tous les sujets comme les sciences divinatoires, la médecine hermétique, l'âme humaine, les rapports de la science et de l'occultisme, la médiumnité, la mort et le problème de survie.
Tout au long de ces années, Papus, écrira de nombreux ouvrages. Après « Le Tarot des Bohémiens » (1889), il publie une étude kabbalistique sur le tarot, « la Science secrète » en collaboration avec Barlet, E. Nus, le Dr Ferran, Lejay et S. de Guaïta (1890), « Considérations sur les phénomènes du spiritisme, rapports de l'hypnotisme et du spiritisme, nouvelles règles pratiques pour la formation des médiums (1890) . En 1891, il publie « Le traité méthodique de science occulte » véritable encyclopédie sur les sciences occultes, comprenant les extraits d'ouvrages introuvables. Cette publication sera suivie la même année d'une étude sur « La Kabbale », « Du transfert à distance à l'aide d'une couronne de fer aimanté, d'états névropathiques variés d'un sujet à l'état de veille sur un sujet à l'état hypnotique (extrait des Annales de psychiatrie et d'hypnologie, mai 1891). "l' Affaire de la Société théosophique ", le " Traité méthodique de science occulte ". En 1892, le Traité synthétique de chiromancie, la Kabbale (tradition secrète de l'Occident) résumé méthodique, précédé d'une lettre d'Adolphe Franck, réédité sous le titre de la Cabbale, avec une étude par Saint Yves d'Alveydre, seconde édition considérablement augmentée, renfermant de nouveaux textes de Levain, Eliphas Lévi, Stanislas de Guaïta, Dr Marc Haven, Sédir, J. Jacob, Saïr, et une traduction complète du Sepher Jetzirah, suivi de la réimpression partielle d'un traité cabalistique du Chevalier Drach en 1903. – (Réédité 1920. 1937. 1949)
Cette époque est marquée par une étrange guerre d'envoûtement à laquelle Papus se trouva mêler. L'affaire Boullan, dont nous avons retracé l'histoire dans le numéro précédent, et qui se termina par un duel entre Papus et le journaliste Blois qui le diffamait dans un quotidien. Mais les attaques ne cessent pas. L'Eglise Romaine à son tour se dresse contre Papus. Le 14 mai 1891, la revue « L'initiation » est mise à l'index parce qu'elle autorise la diffusion des idées gnostiques d'un certain Jules Doinel (bibliothécaire, franc-maçon membre du Grand-Orient et spirite pratiquant) qui avait fondé sa propre église gnostique dont il était devenu le Patriarche.
En 1893, Papus devient Evêque de cette Eglise gnostique et dans la même année, il s'associe avec Ahathoor, un temple de la Golden Dawn à Paris. Doinel, en 1895 à la grande surprise de ses amis, abdique soudainement de sa fonction de patriarche laissant le contrôle de l'église à un synode de trois évêques parmi lesquels se trouve Papus. Il abandonne, par ailleurs, ses charges dans sa loge maçonnique et se converti au catholicisme romain. Sous la plume de Jean Listka, il attaque l'Eglise Gnostique, la maçonnerie et le martinisme dans un livre intitulé "Lucifer démasqué. Pendant les deux années qui suivront, il s'associera avec Leo Taxil, connu pour ses activités sataniques. Mais en 1899, après s'être aperçu, qu'il avait été berné par Taxil, Jules Doinel demande sa réintégration au sein de l'Eglise Gnostique.
Malgré ses multiples activités, Papus trouve le temps de passer sa thèse de doctorat en médecine en juillet 1894. Puis, il parcourt l'Angleterre, la Hollande, la Belgique, la Russie, s'intéressant à toutes les médecines, à tous les procédés dans l'art de guérir,
Il apprend à guérir à distance, en agissant sur l'urine, les cheveux ou le sang d'un malade, mais le plus généralement il soigne par homéopathie. Il fabrique également des élixirs qui, semble-t-il, sont plus efficaces que les médicaments homéopathiques. Papus établissait généralement son diagnostic en examinant le visage du malade. Les yeux, narines, bouche, oreilles étaient en correspondance avec les organes internes (par exemple, les deux yeux représentaient, selon lui, les deux hémisphères du cerveau). Les fidèles disciples de Papus rapportent plusieurs cas de guérisons qu'il aurait effectuées selon ces méthodes.
C'est l'année, vraisemblablement, où Papus fait une rencontre capitale, celle de son maître spirituel en la personne de Maître Philippe qui en réalité se nomme Philippe Nizier (1849-1905). Ce dernier, guérisseur depuis l'age de 13 ans, soigne les personnes à l'aide de la prière. Très brièvement, il s'agit d'un personnage qui a suivi de modestes études à Lyon (apprenti boucher), se cultive en lisant les ouvrages de vulgarisation scientifique, des traités de médecine populaire, de santé par les plantes, de chimie élémentaire, et se passionne également pour la religion et l'occultisme. Il ouvre son cabinet de guérisseur spirituel en 1872 mais attiré par le métier de médecin, il s'inscrit en auditeur libre à la Faculté de Médecine de Lyon pendant quatre ans. Durant ces années, ses talents de guérisseur à l'hôpital lui attirent très vite l'hostilité de certains médecins qui n'apprécient guère la médecine occulte. Une cabale contre lui réussit à le chasser de l'hôpital et bloquer définitivement sa cinquième année d'inscription à la Faculté.
Dans les années 1901-1906, Papus effectue quelques séjours en Russie. En 1901 il intervient au sein de conférences. Au cours de l'une d'elles, il parle de son maître spirituel, le guérisseur lyonnais, Maître Philippe et de ses guérisons miraculeuses. A la demande de la Cour, Papus le présente au tsar Nicolas II. Il faut dire que comme son père, son grand-père, son arrière grand-père, mais aussi le peuple russe, le tsar était attiré par les doctrines mystiques et les sciences occultes.
Une loge martiniste fut fondée. Les membres étaient recrutés parmi les grands ducs et les conseillers de l'Empereur. L'influence de Maître Philippe sur les souverains ne cessa de grandir et surtout à la suite de la réalisation d'une prophétie qu'il avait faite. Il avait annoncé, à la tsarine qui n'avait eu que des filles, que l'enfant qu'elle attendait était un fils. A la naissance de ce fils tant désiré, l'ascendant de Maître Philippe était tel qu'aucune décision importante n'était prise sans son avis.
En automne de 1905, alors que la Russie connaît une période instable marquée par des troubles sociaux, Nicolas II appelle Papus pour lui demander conseil. Au cours d'un rituel d'incantation et de nécromancie, Papus évoque l'esprit d'Alexandre III, le père de Nicolas II. Ce dernier lui demande alors s'il devait ou non agir contre le courant libéralisme naissant. L'Esprit aurait conseillé la répression et annoncé une révolution de grande envergure. Papus indique alors au Tsar que la puissance de son pouvoir magique lui permet de conjurer la catastrophe prédite. L'Église Orthodoxe et le confesseur de la tzarine inquiets de l'influence de Papus et de Maître philippe sur les souverains réussissent à les éloigner de la Cour. Ils quitteront la Russie mais seront remplacés plus tard par Rapoustine.
En 1907, encouragé par Papus, Bricaud fonde sa branche schismatique de l'Eglise Gnostique de France dont la doctrine était plus proche de l'Eglise Catholique Romaine de l'Eglise Gnostique. Bricaud, Fugeiron et Papus appelèrent leur Eglise, « l'Eglise Catholique Gnostique ». Elle fut présentée comme la fusion de trois églises gnostiques existantes ; l'Eglise Gnostique de Doinel, l'Eglise carmélite de Vintras (Cf. notre précédent numéro) et l'Eglise Johannite de Fabré-Pélaprat. Il est intéressant de noter que parmi les évêques consacrés par cette Eglise, il y eut René Guénon (1886-1951) et Robert Ambelain qui fonda sa propre Eglise Gnostique en 1953.
Papus organisa en juin 1908, une conférence maçonnique et spiritualiste internationale au cours de laquelle il reçu une patente de Theodore Reuss, Chef de l'Ordo Templi Orientis pour établir un “Suprême grand Conseil Général des Rites Unifiés de l'Ancienne et Primitive Maçonnerie pour le Grand Orient de France et ses dépendances”. Quatre ans plus tard, la revue “Initiation” devient l'organe officiel des rites de Memphis Misraïm et de l'Ordo Templi Orientis en France.
Infatigable, Papus poursuit la publication d'ouvrages parmi lesquels une biographie de « Louis Claude de Saint-Martin » et une étude sur «la bicyclette routière » en 1902, un essai sur « La Réincarnation » en 1912, des « Eléments de lecture de la langue égyptienne, hébraïque et sanscrite » publiés de 1912 à 1914. Il crée une nouvelle revue Mysteria en 1913 qui s'adresse aux initiés et personnes averties des sciences occultes. Des articles sur le martinisme, l'astrologie, Jésus et les sciences sont proposés aux lecteurs. Des numéros spéciaux abordent les arts divinatoires, la physiognomonie, la chiromancie, la graphologie, l'astrologie et l'hermétisme.
La guerre de 14-18 interrompt les nombreuses activités de Papus qui s'engage comme médecin-chef. Ayant contracté la tuberculose, il revient à Paris pour recevoir des soins appropriés mais une crise plus grave l'emporte brutalement le 25 octobre 1916 à l'âge de 51 ans.
Bibliographie
Doinel et l'Eglise Gnostique de France par T.Apiryon – Internet
L'initiation par Michel Léger, Directeur de la Revue l'Initiation – internet
Sciences occultes ou 25 années d'occultisme- Papus, sa vie, son ½uvre, Dr Philippe Encausse