Stanislas de Guïata et ses amis (de Françoise Ligneris) résumé par Maria Isabel L.

Stanislas de Guïata et ses amis (de Françoise Ligneris) résumé par Maria Isabel L.
Renaissance Traditionnelle N°16 Tome IV Octobre 1973
1ère Partie

Dans les amis de stanilas de Guaïta il semble évident de parler de Gérard Encausse plus connu sous le pseudonyme de Papus qui fut l'un des plus fidèles amis de Guaïta.

Pendant ses études de médecine, Gérard Encausse cherche à élargir ses connaissances dans l'ésotérisme et passe ses journées à la Bibliothèque Nationale à la recherche de textes anciens. Il étudie la Kabbale hébraïque, le tarot, des grimoires magiques, l'alchimie, les ½uvres d'Eliphas Levi. Il décide de lutter contre le scientisme de l'époque et de vulgariser les ouvrages occultes. Son objectif est de faire de Paris le centre de l'occultisme. C'est à ce moment là qu'il prend le pseudonyme Papus d'après le nom d'un esprit du Nuctemeron d'Apollonius de Tyane (Appendice du Dogme et Rituel de la Haute Magie de Eliphas Levi).

C'est par l'intermédiaire de son ami Henri Delaage (1825-1882) que Papus aborde l'½uvre de Louis-Claude de Saint-Martin. Peu de temps avant son décès, Delaage remet à Papus, deux lettres et un résumé de la doctrine qui avait guidé toute son ½uvre. Le jeune Papus, dès lors, cherchera à transmettre cet héritage. Les premières initiations ont lieu de 1884 à 1885 (Martinesisme, Willermosisme, martinisme et franc-maçonnerie, Paris, Chamuel 1899) et en 1887, Papus fonde l'Ordre Martiniste qu'il dotera d'un Suprême Conseil en 1891. Les premiers martinistes furent ses amis, Paul Adam, Maurice Barrès, Stanislas de Guaita, Victor-Émile Michelet et Peladan. L'Ordre Martiniste deviendra l'ordre initiatique le plus important de l'époque.

L'année suivante, avec son ami Lucien Chamuel, Papus fonde la Librairie du Merveilleux et la revue mensuelle 'L'initiation » qui devient la principale revue occultiste française dans laquelle on relève les noms de Guaïta, Barlet, Matgioi, Marc Haven, Sedir, Rochas, Chamuel. Les articles de la revue traitent en priorité de l'histoire et de la philosophie de la franc-maçonnerie traditionnelle, des divers courants mystiques et du martinisme. Ainsi dans le premier numéro, on peut lire au sommaire d'octobre 1988, des articles tels que : « l'Initiation » de Charles Barlet, sur la Franc-maçonnerie avec « le symbolisme » par Papus, la Physiognomonie avec « La Théorie des Tempéraments » par Polti et Gary, Louis Claude de St Martin par Julien Lejay, « La légende de l'inceste » par Joséphin Péladan. Dès sa parution, la revue rejette les doctrines matérialistes et se pose comme l'organe de la renaissance spirituelle ». Cette revue paraîtra jusqu'en 1912 puis sera reprise par son fils Philippe Encausse en 1953.

La même année, il publie son premier ouvrage de vulgarisation : « Le Traité élémentaire de science occulte». Il a vingt-deux ans. Papus ne tarde pas à polariser l'activité ésotérique de Paris

A la même époque, il s'affilie à la Loge Isis, première Loge créée par la Société Théosophique et qui réunit des spirites devenus théosophes. Le jeune Papus collabore à la revue théosophique « Le Lotus » dirigée par un jeune théosophe Félix Krishna Gaboriau. Mais les relations de Papus avec la Société Théosophique s'enveniment à propos d'un article paru dans la revue « Le Lotus ». En effet, en juin 1888, Papus avait préparé un article plein d'éloge sur l'occultiste Saint-Yves d'Alveydre, célèbre auteur des « Missions » et disciple de Fabre d'Olivet, qu'il considère comme son maître intellectuel. L'article sera remanié à l'insu de Papus et publié avec des propos nettement moins élogieux envers Saint-Yves d'Alveydre. Une querelle éclate provoquant une scission entre les partisans de Gaboriau et ceux de Papus et l'intervention du Colonel Olccot, un des fondateurs de la Société Théosophique. Une nouvelle loge Hermès créée en novembre 1888 est placée sous la direction de Papus. Il y restera deux ans.

C'est aussi l'époque où Papus participe à la création de l'Ordre « Kabbalistique de la Rose + Croix sous l'impulsion de son ami Stanislas de Guaïta . On retrouve parmi les membres du Suprême Conseil les noms de Barlet, l'abbé Alta, Joséphin Péladan dont il sera question dans le prochain article, Marc Haven, et Paul Adam. L'Ordre Kabbalistique de la Rose + Croix recrutait ses membres après leur avoir fait passer des examens qui leur permettaient d'obtenir après quelques années d'études le titre de bachelier, de licencié et de docteur en kabbale.

Papus est également l'un des principaux organisateurs du Congrès Spirite et Spiritualiste qui a lieu en septembre 1889 à Paris, et qui réunit cinq cents délégués de dix-sept pays, appartenant à trente-quatre groupes différents : spirites, théosophes, kabbalistes, swedenborgiens, théophilanthropes, magnétistes.... Ce congrès détermine la séparation entre les doctrines spirites et les doctrines occultistes. Ces deux écoles marquent leur opposition dans leurs conceptions sur les fins dernières de l'homme. Pour les spirites, il y a le corps matériel, l'esprit et le périsprit, lien fluidique qui sert de nouveau corps à l'esprit dans l'au-delà. Pour les occultistes, l'homme est composé du corps matériel, de l'âme, qui est d'essence divine, et du corps astral, qui à la différence du perésprit des spirites, se dissout complètement après la mort.

En 1890, Papus, crée « Le Groupe Indépendant d'Etudes Ésotériques » dont le but est de diffuser les principales données de la science occulte dans toutes les branches, former des membres instruits pour toutes les sociétés en lien avec l'occultisme et des conférenciers dans toutes les branches de l'occultisme, et enfin étudier les phénomènes du spiritisme, du magnétisme et de la magie (théorie et pratique). Il fonde, cette année là, une nouvelle revue « Isis dévoilée »

Deux ans après la création de ce Groupe, une soixantaine de branches dont plus de la moitié à l'étranger sont répertoriées en Europe, Etats Unis, Canada, Cuba, Argentine, Panama et en Égypte. Des cours d'hébreu, de sanscrit et d'alchimie sont dispensés avec pour professeurs Papus, Sédir, Victor-Emile Michelet, et A. Chaboseau. La section alchimie, dirigée par Jollivet-Castellot, est à l'origine de la Société Alchimique de France. De plus, Papus organise des conférences sur tous les sujets comme les sciences divinatoires, la médecine hermétique, l'âme humaine, les rapports de la science et de l'occultisme, la médiumnité, la mort et le problème de survie.

Tout au long de ces années, Papus, écrira de nombreux ouvrages. Après « Le Tarot des Bohémiens » (1889), il publie une étude kabbalistique sur le tarot, « la Science secrète » en collaboration avec Barlet, E. Nus, le Dr Ferran, Lejay et S. de Guaïta (1890), « Considérations sur les phénomènes du spiritisme, rapports de l'hypnotisme et du spiritisme, nouvelles règles pratiques pour la formation des médiums (1890) . En 1891, il publie « Le traité méthodique de science occulte » véritable encyclopédie sur les sciences occultes, comprenant les extraits d'ouvrages introuvables. Cette publication sera suivie la même année d'une étude sur « La Kabbale », « Du transfert à distance à l'aide d'une couronne de fer aimanté, d'états névropathiques variés d'un sujet à l'état de veille sur un sujet à l'état hypnotique (extrait des Annales de psychiatrie et d'hypnologie, mai 1891). "l' Affaire de la Société théosophique ", le " Traité méthodique de science occulte ". En 1892, le Traité synthétique de chiromancie, la Kabbale (tradition secrète de l'Occident) résumé méthodique, précédé d'une lettre d'Adolphe Franck, réédité sous le titre de la Cabbale, avec une étude par Saint Yves d'Alveydre, seconde édition considérablement augmentée, renfermant de nouveaux textes de Levain, Eliphas Lévi, Stanislas de Guaïta, Dr Marc Haven, Sédir, J. Jacob, Saïr, et une traduction complète du Sepher Jetzirah, suivi de la réimpression partielle d'un traité cabalistique du Chevalier Drach en 1903. – (Réédité 1920. 1937. 1949)

Cette époque est marquée par une étrange guerre d'envoûtement à laquelle Papus se trouva mêler. L'affaire Boullan, dont nous avons retracé l'histoire dans le numéro précédent, et qui se termina par un duel entre Papus et le journaliste Blois qui le diffamait dans un quotidien. Mais les attaques ne cessent pas. L'Eglise Romaine à son tour se dresse contre Papus. Le 14 mai 1891, la revue « L'initiation » est mise à l'index parce qu'elle autorise la diffusion des idées gnostiques d'un certain Jules Doinel (bibliothécaire, franc-maçon membre du Grand-Orient et spirite pratiquant) qui avait fondé sa propre église gnostique dont il était devenu le Patriarche.

En 1893, Papus devient Evêque de cette Eglise gnostique et dans la même année, il s'associe avec Ahathoor, un temple de la Golden Dawn à Paris. Doinel, en 1895 à la grande surprise de ses amis, abdique soudainement de sa fonction de patriarche laissant le contrôle de l'église à un synode de trois évêques parmi lesquels se trouve Papus. Il abandonne, par ailleurs, ses charges dans sa loge maçonnique et se converti au catholicisme romain. Sous la plume de Jean Listka, il attaque l'Eglise Gnostique, la maçonnerie et le martinisme dans un livre intitulé "Lucifer démasqué. Pendant les deux années qui suivront, il s'associera avec Leo Taxil, connu pour ses activités sataniques. Mais en 1899, après s'être aperçu, qu'il avait été berné par Taxil, Jules Doinel demande sa réintégration au sein de l'Eglise Gnostique.

Malgré ses multiples activités, Papus trouve le temps de passer sa thèse de doctorat en médecine en juillet 1894. Puis, il parcourt l'Angleterre, la Hollande, la Belgique, la Russie, s'intéressant à toutes les médecines, à tous les procédés dans l'art de guérir,
Il apprend à guérir à distance, en agissant sur l'urine, les cheveux ou le sang d'un malade, mais le plus généralement il soigne par homéopathie. Il fabrique également des élixirs qui, semble-t-il, sont plus efficaces que les médicaments homéopathiques. Papus établissait généralement son diagnostic en examinant le visage du malade. Les yeux, narines, bouche, oreilles étaient en correspondance avec les organes internes (par exemple, les deux yeux représentaient, selon lui, les deux hémisphères du cerveau). Les fidèles disciples de Papus rapportent plusieurs cas de guérisons qu'il aurait effectuées selon ces méthodes.

C'est l'année, vraisemblablement, où Papus fait une rencontre capitale, celle de son maître spirituel en la personne de Maître Philippe qui en réalité se nomme Philippe Nizier (1849-1905). Ce dernier, guérisseur depuis l'age de 13 ans, soigne les personnes à l'aide de la prière. Très brièvement, il s'agit d'un personnage qui a suivi de modestes études à Lyon (apprenti boucher), se cultive en lisant les ouvrages de vulgarisation scientifique, des traités de médecine populaire, de santé par les plantes, de chimie élémentaire, et se passionne également pour la religion et l'occultisme. Il ouvre son cabinet de guérisseur spirituel en 1872 mais attiré par le métier de médecin, il s'inscrit en auditeur libre à la Faculté de Médecine de Lyon pendant quatre ans. Durant ces années, ses talents de guérisseur à l'hôpital lui attirent très vite l'hostilité de certains médecins qui n'apprécient guère la médecine occulte. Une cabale contre lui réussit à le chasser de l'hôpital et bloquer définitivement sa cinquième année d'inscription à la Faculté.

Dans les années 1901-1906, Papus effectue quelques séjours en Russie. En 1901 il intervient au sein de conférences. Au cours de l'une d'elles, il parle de son maître spirituel, le guérisseur lyonnais, Maître Philippe et de ses guérisons miraculeuses. A la demande de la Cour, Papus le présente au tsar Nicolas II. Il faut dire que comme son père, son grand-père, son arrière grand-père, mais aussi le peuple russe, le tsar était attiré par les doctrines mystiques et les sciences occultes.

Une loge martiniste fut fondée. Les membres étaient recrutés parmi les grands ducs et les conseillers de l'Empereur. L'influence de Maître Philippe sur les souverains ne cessa de grandir et surtout à la suite de la réalisation d'une prophétie qu'il avait faite. Il avait annoncé, à la tsarine qui n'avait eu que des filles, que l'enfant qu'elle attendait était un fils. A la naissance de ce fils tant désiré, l'ascendant de Maître Philippe était tel qu'aucune décision importante n'était prise sans son avis.

En automne de 1905, alors que la Russie connaît une période instable marquée par des troubles sociaux, Nicolas II appelle Papus pour lui demander conseil. Au cours d'un rituel d'incantation et de nécromancie, Papus évoque l'esprit d'Alexandre III, le père de Nicolas II. Ce dernier lui demande alors s'il devait ou non agir contre le courant libéralisme naissant. L'Esprit aurait conseillé la répression et annoncé une révolution de grande envergure. Papus indique alors au Tsar que la puissance de son pouvoir magique lui permet de conjurer la catastrophe prédite. L'Église Orthodoxe et le confesseur de la tzarine inquiets de l'influence de Papus et de Maître philippe sur les souverains réussissent à les éloigner de la Cour. Ils quitteront la Russie mais seront remplacés plus tard par Rapoustine.

En 1907, encouragé par Papus, Bricaud fonde sa branche schismatique de l'Eglise Gnostique de France dont la doctrine était plus proche de l'Eglise Catholique Romaine de l'Eglise Gnostique. Bricaud, Fugeiron et Papus appelèrent leur Eglise, « l'Eglise Catholique Gnostique ». Elle fut présentée comme la fusion de trois églises gnostiques existantes ; l'Eglise Gnostique de Doinel, l'Eglise carmélite de Vintras (Cf. notre précédent numéro) et l'Eglise Johannite de Fabré-Pélaprat. Il est intéressant de noter que parmi les évêques consacrés par cette Eglise, il y eut René Guénon (1886-1951) et Robert Ambelain qui fonda sa propre Eglise Gnostique en 1953.

Papus organisa en juin 1908, une conférence maçonnique et spiritualiste internationale au cours de laquelle il reçu une patente de Theodore Reuss, Chef de l'Ordo Templi Orientis pour établir un “Suprême grand Conseil Général des Rites Unifiés de l'Ancienne et Primitive Maçonnerie pour le Grand Orient de France et ses dépendances”. Quatre ans plus tard, la revue “Initiation” devient l'organe officiel des rites de Memphis Misraïm et de l'Ordo Templi Orientis en France.

Infatigable, Papus poursuit la publication d'ouvrages parmi lesquels une biographie de « Louis Claude de Saint-Martin » et une étude sur «la bicyclette routière » en 1902, un essai sur « La Réincarnation » en 1912, des « Eléments de lecture de la langue égyptienne, hébraïque et sanscrite » publiés de 1912 à 1914. Il crée une nouvelle revue Mysteria en 1913 qui s'adresse aux initiés et personnes averties des sciences occultes. Des articles sur le martinisme, l'astrologie, Jésus et les sciences sont proposés aux lecteurs. Des numéros spéciaux abordent les arts divinatoires, la physiognomonie, la chiromancie, la graphologie, l'astrologie et l'hermétisme.

La guerre de 14-18 interrompt les nombreuses activités de Papus qui s'engage comme médecin-chef. Ayant contracté la tuberculose, il revient à Paris pour recevoir des soins appropriés mais une crise plus grave l'emporte brutalement le 25 octobre 1916 à l'âge de 51 ans.


Bibliographie

Doinel et l'Eglise Gnostique de France par T.Apiryon – Internet
L'initiation par Michel Léger, Directeur de la Revue l'Initiation – internet
Sciences occultes ou 25 années d'occultisme- Papus, sa vie, son ½uvre, Dr Philippe Encausse
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# Posté le lundi 05 février 2007 12:18
Modifié le samedi 06 octobre 2007 08:13

"LANDMARKS", STRICTES BORNES. 1ère partie: landmak, la limite du territoire par Joël J.

"LANDMARKS", STRICTES BORNES. 1ère partie: landmak, la limite du territoire par Joël J.
« What goes in a Lodge ?
This is a good place to repeat what we said earlier about why men become Masons:
There are things they want to do in the world.
There are things they want to do « inside their own minds ».
They enjoy being together with men they like and respect ».



Le concept de « Landmark », né de la réaction à la création de la Grande Loge de Londres fait référence à des « points de repère », la « limite du pays ». Il synthétise la représentation d'un modèle particulier de quête identitaire propre à la franc-maçonnerie. Sa définition et ses revendications reposent autant sur la nécessité d'une auto définition qui pourrait servir de modèle à une certaine forme d'ésotérisme chrétien que sur la nécessité apparente de rassurer sur les intentions louables d'un ordre qui se présente comme gardien des valeurs sociales et morales de la chrétienté occidentale.

De fait, comme l'indiquait Henri Julien (1) , il s'agit de la partie profane d'une organisation sacrée qui se heurte parfois à l'un de ses principes les plus fondamentaux : « un maçon libre dans une Loge libre ». Sur ce point, il ne fait aucun doute que la définition plus qu'ambiguë d'Alec Mellor (2) dans son « histoire de la franc-maçonnerie régulière », qui affirme que le « landmark » est « la réalité essentielle, substantielle [de la franc-maçonnerie]. Otez-le, l'objet de votre examen, jusqu'alors maçonnique, cessera de l'être » donne au débat maçonnique les moyens de s'interroger sur la portion congrue laissée à la part mystique de l'ordre.

C'est le franc-maçon américain Albert Galatin Mackey (3) ( 12 mars 1807- 20 juin 1881 ), célèbre écrivain maçonnique, qui, en 1865, donna ce qui est considéré aujourd'hui comme la première définition d'un sujet déjà ancien en développant une présentation des « charges » sur 25 points incontournables qui définirait la véritable maçonnerie.

Il présente ainsi les « points de repère » comme « ces frontières antiques et universelles de L'Ordre, que chacun rencontre durant son parcours et reconnaît comme les règles de conduite qui président à toute opération. Elles sont promulguées par les autorités compétentes depuis des temps si anciens que personne ne se souvient de leur origine ». Dans ces indications, Mackey souligne aussi trois caractéristiques, selon lui, déterminantes de la reconnaissance formelle des « landmarks » et que l'on retrouve encore de nos jours : (1) leur antiquité immémoriale (2) universalité (3) absolue irrévocabilité.

Les « landmarks », on l'aura compris, ont pour objet de régler définitivement le débat sur l'existence « associative », « administrative » de la franc-maçonnerie tout autant que de clore la discussion sur l'origine compagnonnique de l'Ordre. Il n'en demeure pas moins que ces points font référence à un certain nombre d'éléments que l'on retrouve dans les différents textes réglementant la maçonnerie et communément appelés « Old Charges ».

I - Landmark, la limite du territoire...

Le terme de « Landmark » dans le langage des architectes se rapporte à un élément de grande importance dans la finition du bâtiment, une statue, une clé de voûte... Il peut aussi se faire que le bâtiment lui-même soit considéré comme un signe distinctif du lieu et soit alors qualifié de « landmark ».

Un rapide survol sémantique du mot « Landmark » met l'accent, d'une part, sur une double origine étymologique saxonne et latine et, d'autre part sur une ambiguïté de sens quant à la première moitié du mot : le nom « land » dont il s'agit de trouver l'objet.

Cette dénomination de « land » se retrouve dans l'ensemble des langues saxonnes, germaniques ou scandinaves dont l'anglais a hérité, cela signifie aussi bien « terre », « pays » que le fait de « débarquer » d'un navire, aujourd'hui, « atterrir ». Il s'agit donc tout autant de désigner un territoire que l'action d'y arriver, d'y séjourner.

S'agissant d'un terme en usage dans une société dont une part des membres se revendiquent comme descendants de guildes de bâtisseurs, le terme pourrait alors s'appliquer à un district, une aire territoriale à l'intérieur de laquelle les constructeurs auraient le droit d'exercer. Cela impliquerait une relation géographique entre les maçons et leur Loge d'appartenance comme c'est aujourd'hui le cas pour la Grande Loge d'Angleterre où l'on sait que les demandes d'initiation sont transmises aux Loges les plus proches du domicile du demandeur. De même, cela laisserait à supposer que les Grande Loges délimitent leurs influences et se reconnaissent ou non selon des critères territoriaux. Ce dernier point pourrait donner un éclairage particulier à la célèbre querelle des « ancients » et des « moderns ».

La « marque », quant à elle, dérive du latin « margo » et se retrouve dans un grand nombre de langues européennes continentales, il s'agit de « border » ou « limiter » dans le sens de créer des frontières, de s'approprier dans l'esprit d'apposer sa « marque » de mettre sa signature comme le faisaient les anciens tailleurs de pierres sur les pierres de constructions qu'ils avaient terminées et qui pouvaient trouver leur place dans l'architecture. Nous sommes donc en présence d'éléments d'identification et de délimitation de zones d'influence, donc, d'éléments de définitions, de points de repères sans lesquels la société ou l'association, la guilde, l'ordre, perdrait son identité.

Certains auteurs ont expliqué l'usage des « landmarks » comme « points de repères législatifs » dans l'organisation de la franc-maçonnerie et justifient de leur existence par le constat d'un parallèle évident avec le droit Anglais basé sur le principe d'une forme « orale de Constitution » influencée de droit coutumier. Ainsi, il devient évident que les « landmarks » puissent venir s'imposer dans l'organisation hiérarchique pyramidale du fonctionnement législatif de la maçonnerie anglaise qui se trouve tout naturellement influencé par les principes généraux du droit de son pays de naissance. Si une règle viole les « landmarks » elle devient, ipso facto caduque. De même, si une organisation s'appuie sur cette règle caduque, ou une autre forme de violation, pour justifier de son existence, on la considérera comme « irrégulière » donc, n'appartenant pas à la franc-maçonnerie.

Cependant, on peut se rassurer car, comme on l'a compris, le droit coutumier repose souvent sur un principe de « bouche à oreille » et à ce titre les « landmarks » prennent souvent des formes différentes en fonctions des besoins de « politiques internes » du moment et des Grandes Loges qui s'en revendiquent sans vouloir admettre qu'elles reflètent, d'une certaine manière, les choix « politiques » de leurs « Grands Maîtres ».

Cela peut évidemment laisser à penser qu'aujourd'hui, toutes les Grandes Loges sont régulières et, par voie de conséquence, qu'elles sont toutes irrégulières.

(1). In « Régularité exotérique et tradition ésotérique en franc-maçonnerie » - Editions du prisme – Paris 1973

(2). In « La Grande Loge Nationale Française, Histoire de la Franc-Maçonnerie régulière, ses principes, ses structures », Ed Belfond, Paris 1980.

(3). Fut Grand Orateur et Grand Secrétaire de la Grande Loge de Caroline du Sud, Secrétaire Général du Suprème Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la juridiction du Sud des Etats Unis. Auteur, notamment de « Principles of Masonic Laws » – 1856, « The symbolism of freemasonry » - 1882 et, surtout, une importante « Encyclopedia of Freemasonry ».
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# Posté le lundi 05 février 2007 12:49
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:32

"LANDMARKS", STRICTES BORNES. 2ème partie: régularité, souci et confusion par Joël J.

"LANDMARKS", STRICTES BORNES. 2ème partie: régularité, souci et confusion par Joël J.
II - Régularité, souci et confusion...

Bien entendu ce point de vue, partagé par tous les maçons soucieux d'apposer à leur travaux le qualificatif de « régulier », est très réducteur.

En effet, il se présente comme une l'affirmation d'une maçonnerie spéculative unifiée depuis son origine et qui se serait constituée autour de repères culturels communs. Cela n'a, bien entendu, jamais été le cas. Il est impossible de prétendre sérieusement que, dans l'Angleterre du XVIIIème siècle, où ailleurs en Europe, il put exister une Franc-maçonnerie unie, voire, même, puisque l'usage des « landmarks » repose sur ce principe, une Guilde de Bâtisseurs présentant un visage uniforme.

La réalité est bien plus proche, comme c'est encore le cas de nos jours, d'une mosaïque de regroupements administratifs, des Grandes Loges rivales ou, dans le meilleurs des cas, confédérées selon un statut qui permette la reconnaissance identitaire ou collective de chacune d'entre elles.

On peut ainsi vérifier que la Grande Loge dite des « moderns » de 1717 ne peut pas être considérée sérieusement comme la « source » de toutes les loges maçonniques du monde car la création des Grandes Loges d'Écosse et d'Irlande, de même celle de leurs satellites et de leurs loges respectives ne peuvent lui être attribuées. Néanmoins on peut cependant lui reconnaître, de part sa création, d'être peu ou prou à l'origine de mouvements fédératifs dépassant le simple clivage géographique et ce, pour les mêmes raisons, puisque les Grandes Loges d'Ecosse et d'Irlande n'étaient pas construites en fédérations. Cependant, pour en revenir aux références identitaires, il fallait admettre des règles infranchissables pour justifier des contraintes d'influences sous-tendues par de tels regroupements de « squires ».

La Grande Loge « concurrente » des « Ancients » l'affirmaient haut et fort :

« Les Innovations qui se sont glissées sournoisement dans la maçonnerie de notre Royaume... tendent à dénaturer l'intégrité du système. Il est du devoir de la Confrérie de s'en protéger. Nous croyons néanmoins que le moment est proche où ces désagréments disparaîtront et que la maçonnerie retrouvera ses marques (1). »

C'est sur ce point de la dénaturation des sources véritables de la maçonnerie et sur constat que la Grande Loge de Londres de 1717 avait dénaturé les pratique édictées par les « Old Charges » que les Grandes Loges d'Ecosse et d'Irlande se refusaient à reconnaître les « moderns » comme réguliers. Cette crispation de « régularité » sera bien souvent la source d'une certaine identité de vue entre les Grande Loges et leurs détracteurs, voire, l'anti-maçonnisme et ce, toujours, en Angleterre pour ce qui est d'une certaine vision de l'Ordre tel qu'il est défini par ses publications officielles : « ...l'Ordre est un, homogène, global. Ainsi, l'Église de Rome a récemment encore refusé de prendre en considération les distinctions entre régulier et irrégulier, reconnu et non reconnu, comme certains maçons le lui demandaient. Ce sont peut-être ces maçons-là, les pires ennemis de l'Ordre. Les courtisans anglomanes dont les exclusives font écho aux errements des Grandes Loges anglaises d'autrefois et rendent haïssable l'Ordre dans lequel ils ont été admis. ». Ces propos glissent comme une sourde angoisse dans l'esprit des maçons continentaux. Il soulignent le complexe relatif à l'isolement des origines. Cette vison solitaire à long terme, soulignée par la Grande Loge Régulière de Belgique, dans un article intitulé « Le Convent du Grand Orient de France de 1877 » publié dans la revue « Ars Macionica » en 1998 détermine les contours d'une détresse presque « ½dipienne », d'un « complexe » freudien de « régularité ». On se reportera aussi à un article d'Alain BERNHEIM ; de la R:.L:. « Les Amis Discrets » n°26 Or:. de Montreux, Grande Loge Suisse Alpina : « La Franc-maçonnerie, l'Angleterre et ses mythes » publié dans la revue électronique d'études maçonniques « Pietre-Stones Review of Freemasonry ».

C'est cette peur du manque reconnaissance qui conduirait à l'impossibilité de « regrouper ce qui est épars », de réaliser la vocation universaliste de l'Ordre qui avait présidé à sa création, pour donner aujourd'hui l'image d'une société conservatrice d'une certaine forme d'ordre moral. Elle conduira la Grande Loge des « moderns » de l'époque à se ranger à la raison des « comités de Charité » des « ancients » en déclarant, en 1739, qu'elle se conformerait dorénavant au respect des anciens « Landmarks » de la maçonnerie (2).

Cela ne fut pas le cas de la maçonnerie continentale.

Six mois plus tard les « moderns » constituèrent une nouvelle Loge appelée « The Special Lodge of Promulgation » et dont la patente de création spécifiait l'objectif d'application de la déclaration de retour aux « Landmarks » devant ainsi les rendre exécutoires et incontournables. Cette Loge devait promouvoir, diffuser et informer les nouvelles Loges et Grandes Loges territoriales de l'incontournablité de cette règle et du fait qu'elle devenait une condition « sine qua non » de la régularité sous l'égide de l'Angleterre qui se présentait ainsi et de plus en plus comme hégémonique (3).

(1). Lettre adressée en 1788 par le Grand Secrétaire des Ancients à Lord Elcho, Grand Maître de la Grande Loge d'Ecosse (Charles Bolton 1897, Grand Master's Lodge No. 1: 22, cité par Hextall, AQC ( Ars Quatuor Corronatum – revue de la Loge de Recherche Ars Quatuor Corronati ) 23: 48). Citée par Alain Bernheim, Cf. infra. : « The Innovations which have of late crept into Masonry in this Kingdom ... as they tend to affect the integrity of the system, it is the duty of the Brotherhood to discountenance. We trust the time is not far distant when, sensible of the inconvenience as well as the fault of the Deviation, they will come back within the Landmarks of the Craft. » Trad JJ.
Il n'y a pas de précisions quant à la nature particulière des innovations. On sait néanmoins l'accueil qui fut réservé plus tard, lors de la création du degré de Royal Arch par la Grande Loge d'Irlande qui insista sur le fait qu'il n'y avait pas plus d'arche que de marque ou autres Rose-Croix en maçonnerie et que seuls les trois grades bleus en assuraient la régularité. Il est donc possible de penser que les déviations dont il est question portent autant sur le mode de recrutement que sur les obligations. La grande Loge des « ancients » précisait dans le « Ahiman Rezon », que les maçons étaient descendant de Noé et de ce fait qu'il devaient respecter la religion du pays dans lequel ils se trouvaient pourvu qu'elle soit fondée sur la chrétienté. Cette exigence n'existe pas dans les Constitutions d'Anderson.

(2). Gould History II: 498. Hextall, AQC 23 (1910): 37. Knoop, AQC 56 (1945): 30. Clarke, Grand Lodge (1967)

(3). AQC 23 (1910): 37-38.
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# Posté le lundi 05 février 2007 12:52
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:32

"LANDMARKS", STRICTES BORNES. 3ème partie: Tunc unus ex Senioribus teneat Librum...par Joël J.

"LANDMARKS", STRICTES BORNES. 3ème partie: Tunc unus ex Senioribus teneat Librum...par Joël J.
III - Tunc unus ex Senioribus teneat Librum, ut illi vel ille ponant vel ponat Manus supra Librum ; tum Praecepta debeant Legi. (« tandis qu'un des anciens tenait le livre, sur lequel le ou les [ maçons reçus ] posaient la main, et que le maître devait lire les lois ou devoirs. Ces devoirs étaient que les maçons devaient être fidèles les uns envers les autres sans exception »).

Il est important de rester extrêmement prudent dans le débat sur l'unicité des Loges dans la mesure où il touche à une confusion majeure de l'histoire de la franc-maçonnerie : le fantasme des origines « opératives » sur lequel repose toujours une grande part des affirmations « administratives » et qui utilise à l'envie la théorie d'une filiation directe qui justifierait, à elle seule, cette singulière notion de vérité absolue contenue dans la définition de la régularité.

Certains éléments forts de cette option des origines « opératives » restent, de nos jours, présents dans un certain nombre de cathéchismes, comme ils sont le socle du rite « Emulation » et que l'on peut aisément voir gravés sur les murs de certaines loges (1) , comme celle de Strasbourg, sous la forme du « Code maçonnique », tel qu'ils sont définis par Grillot de Givry dans son « Grand ¼uvre, XII Méditations sur la voie ésotérique de l'Absolu. 1907 » et dont on peut dire qu'ils présentent une certaine forme de « landmark ». Ce code, bâti sur le modèle des commandements, est le suivant :

1. Honore le Grand Architecte de l'Univers.
2. Aime ton prochain. Ne fais point le mal. Fais le bien.
3. Laisse parler les hommes.
4. Le vrai culte du Grand Architecte consiste dans les bonnes m½urs. Fais donc le bien pour l'amour du bien lui-même. Tiens toujours ton âme dans un état pur.
5. Pour paraître dignement devant le Grand Architecte de l'Univers, aime les bons, fuis les méchants, plains les faibles, mais ne hais personne.
6. Parle sobrement avec les grands, prudemment avec tes égaux, sincèrement avec tes amis, doucement avec les petits, tendrement avec les pauvres.
7. Ne flatte point ton frère : c'est une trahison. Si ton frère te flatte, crains qu'il ne te corrompe.
8. Ecoute toujours la voix de ta conscience.
9. Sois le père des pauvres ; chaque soupir que ta dureté leur arrachera augmentera le nombre de malédictions qui tomberont sur ta tête.
10. Respecte l'étranger voyageur ; aide-le est sacrée pour toi.
11. Evite les querelles ; préviens les insultes.
12. Mets toujours la raison de ton côté.
13. Respecte les femmes ; n'abuse jamais de leur faiblesse et meurs plutôt que de les déshonorer.
14. Si le Grand Architecte te donne un fils, remercie-le, mais tremble sur le dépôt qu'il te confie.
15. Sois pour cet enfant l'image de la divinité.
16. Fais que jusqu'à dix ans il te craigne, que jusqu'à vingt il t'aime, que jusqu'à ta mort il te respecte.
17. Jusqu'à dix ans, sois son maître ; jusqu'à vingt ans, son père, jusqu'à la mort, son ami.
18. Pense à lui donner de bons principes plutôt que de belles manières ; qu'il te doive une droiture éclairée et non une frivole élégance.
19. Fais-le honnête homme plutôt qu'habile homme.
20. Si tu rougis de ton état, c'est orgueil ; songe que ce n'est pas la place qui t'honore ou te dégrade, mais la façon dont tu l'exerces.
21. Lis et profite ; vois et imite ; réfléchis et travaille.
22. Rapporter tout à l'utilité de tes frères, c'est travailler pour toi-même.
23. Sois content partout, de tout et avec tout.
24. Réjouis-toi de la justice.
25. Courrouce-toi contre l'iniquité ; souffre sans te plaindre.
26. Ne juge pas légèrement les actions des hommes.
27. Ne blâme point et loue encore moins.
28. C'est au Grand Architecte de l'Univers qui sonde les c½urs à apprécier son ouvrage.
29. La Concorde grandit ce qui est petit.
30. La Discorde annihile ce qui est grand.
31. Voici l'épreuve des épreuves, celle où t'attendent, ricanantes et blêmes, les influences mauvaises, dans l'espoir de te voir trébucher et retomber dans les ténèbres extérieures.
32. Si tu y résistes, le Ph½nix, succédant à l'Alcyon va éclore pour toi.
33. Le monde n'a pas conscience des supériorités naissantes. Prends donc la sainte habitude de souffrir le mépris de ceux qui valent moins que toi.
34. Pénètre-toi de cette vérité qu'il ne te sera jamais rendu justice, sinon lors de ton avènement dans la Lumière.
35. Il faut que tu deviennes complètement indifférent à l'opinion des hommes, ce qui est plus facile à exprimer qu'à réaliser.
36. Que t'importe de passer dans la foule pour une vague unité, lorsque tu as conscience de ta Royauté intellectuelle ?
37. ¼uvre selon ta conscience, sans te soucier du résultat.
38. Accepte la gloire comme un fardeau, et ne la désire pas, sinon la gloire éternelle, celle des Philosophes : l'Absolu.
39. Si tu recherches l'assentiment humain, tu marches vers les ténèbres, tu es hors de la Voie.
40. Si tu désires être un Saint pour que l'on te reconnaisse comme tel, il est certain que tu ne le deviendras jamais.
41. Anéantis-toi, mon Disciple, dans un abîme d'humilité. sois infime parmi les infimes.
42. Abaisse-toi et tu te transfigureras un jour, et tu te réveilleras brillant et radieux, dans l'embrassement du Roi de Gloire, du Roi oriental séant sur son trône, comme disent les vieux maîtres, et tu entreras dans la Mer pourprée qui est le Magistère des Philosophes.
43. Mais tu n'es encore que le mercure lépreux qui a fait mourir le Soleil de justice sur l'effigie du quaternaire, souviens-t'en.

On le comprend bien en le lisant, les « landmarks » vont plus loin que les « anciens devoirs » en ce sens qu'ils ne définissent plus simplement non les règles du métier, mais bien les principes fondamentaux de la Franc-maçonnerie en dehors desquels l'Ordre ne saurait exister. De la même manières que les axiomes pour les mathématiques, ils marquent la frontière intérieure et extérieure. Ils sont, de ce fait, un moyen de différenciation entre l'Ordre et les corporations dont la seule existence administrative réelle, pour ce qui était de l'Angleterre, s'exprime dans les statuts de 1598 dus à William Schaw qui fut, en son temps, nommé « Maître du Travail et gouverneur des maçons » par le Roi. Il est fort probable que ces « statuts Schaw » fussent l'une des sources qualifiée de « landmark » par les Règlements Généraux promulgués entre 1721-1723 par George Payne.

Les autres documents de cette époque ne sont guère plus que des « règlements intérieurs » propres à une Loge ; marches à suivre ; descriptions mythiques qui n'apportent que peu d'éléments constructifs sur l'origines des mythes et rituels et dont le mythe d'Hiram, devenu l'un des « landmarks », est presque totalement absent.

Si nous restons sur le sol britannique dans le cadre de cette étude, c'est, bien entendu, parce que c'est au Royaume Uni que prirent naissance les « landmarks » dont MacKey s'est inspiré et dont l'objectif était, on l'a vu, de rêgler les différents entre les « ancients » et les « moderns ». Rien de plus définitif ne peut être affirmé quant à leur teneur ou leur origine... car, au delà des heurs et malheurs relationnels entre Grandes Loges, il ne faut pas oublier que le principe fondamental, jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, était la liberté des Loges, ce qui est, parfois, contradictoire avec l'instauration de règles collectives, du moins, sans négociations préalables. Sur ce point de la Liberté, on gardera présent à l'esprit que la qualification de Tradition, c'est à dire, celle d'une pratique dont « les chroniques ne garde aucune mémoire qu'il put en être autrement (2) » ne doit pas être confondue avec la coutume. C'est la raison pour laquelle la maçonnerie ne saurait, historiquement, se contenter d'affirmation issue de Convents ou de « comitee of charity », c'est à dire de « Conseil d'Administration d'Association » ( traduction littérale )(3) .

On aura compris qu'en fait d'antiquité, les « landmarks », présentés aujourd'hui comme les références traditionnelles les plus archaïques de la Franc-maçonnerie dite « régulière », sont totalement inconnus de l'Ordre, sous une forme fixe autre que celle d'un droit « coutumier », jusqu'à la fin du XIXème siècle et que leur création n'a pour but que d'affirmer les liens unissant la maçonnerie spéculative avec les anciennes corporations. Cela n'empêche pas qu'ils soient aujourd'hui l'objet d'un certain nombre de chimères maçonniques persistantes.

Mais, quelles sont donc ces bornes qui définiraient la maçonnerie ?


(1). Le terme est ici employé dans le sens « masonic hall ». Il est assez difficiler, en français de faire la différence entre la Loge, groupement de masons, et la loge, lieu dans lequel ils se réunissent. L'identité de terme impliquant une appartenance de chaque regroupement au lieu, c'est à dire, déterminant les racines du groupe est un élément important qu'il faut prendre en considération. En effet, si cehez les anglais, les demandes d'initiations sont transmises aux ateliers les plus proches du lieu de réqsidence du demandeur, quelle que soit la nature de la demande ( parrainée ou non ), il n'en est pas de même en France, sauf si la demande s'effectue librement par courrier adressé à l'Obédience. Ainsi, il faudrait se demander si la nature du lien entre le lieu de réunion et le regroupement des frères et s½urs ne justifie pas l'usage du mot au grade de Compagnon.

(2). « time whereof the memory of man runneth not to the contrary »... Cf. Albert MacKey in « A textebook of masonic jurisprudence » - Kessinger Publishing – fevrier 2003, dans lequel il souligne la continuité de pratiques qui permet, dans l'absolu, d'intégrer comme « landmark », les rites, les actions, l'objet de l'Ordre. Il y souligne la prééminence de la coutume bien souvent associée à la Tradition, celle qui se traduit par : « de mémoire d'homme ».

(3). Concernant les anciennes sources, et particulièrement William Schaw, on se reportera aux ouvrages du Professeur David Stevenson de l'Université de Saint Andrew : « The origins of freemasonry – scotland century 1590 – 1710 » publié aux Cambridge University Press en 1988 et « The first freemasons – scotland'early lodges and their members » publié aux Aberdeen University Press la même année.
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# Posté le mardi 06 février 2007 01:47
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:32

"LANDMARKS", STRICTES BORNES. 4ème partie: Une Bible, une équerre et un compas... par Joël J.

"LANDMARKS", STRICTES BORNES. 4ème partie: Une Bible, une équerre et un compas... par Joël J.
IV - Une Bible, une équerre et un compas...

Il est important de distinguer les « landmarks » des « old charges ». En effet, ces dernières font référence aux anciens usages relatifs à la maçonnerie de métier et remontant au moyen âge. Elle regroupent l'ensemble des documents réglementant le métier et ont pour objet de définir l'organisation intérieur des corporations, d'en préciser les devoirs, croyances et pratiques, d'en organiser la hiérarchie, les conditions de bon fonctionnement et l'organisation des fêtes religieuses et de patronages. De cela découle le constat que le besoin d'établir des « landmarks » en référence aux « anciens devoirs », ou en parallèle repose sur la volonté d'affirmer la véraciter incontestatble de la « théorie de la transition » (1). Cette théorie affirme que les Loges de constructeurs ont commencé à accepter des membres non maçons et que les techniques du métiers ont peu à peu fait place à une pratique plus symbolique, reposant sur la construction du Temple de Salomon considéré comme l'archétype d'une architecture morale et spirituelle. Dans la mesure où ces « landmarks » regrouperaient les usages et les rêgles, il devenait important qu'ils fassent référence aux anciens devoirs lesquels prévoyaient déjà certaines « barrières », « strictes bornes ». Au fur et à mesure, il devint nécessaire de se concentrer sur des rêgles qui permettraient à la nouvelle maçonnerie de ne pas être exposée aux même risque que l'ancienne... c'est à dire l'infiltration de membres extérieurs...

On remarquera ainsi qu'il existe au moins deux points commun entre ces règlements : la croyance en Dieu et l'usage de la Bible.

On peut retrouver, dans les constitutions dites de « Strasbourg » et datées de 1459, que le premier devoir d'un maçon est d'être un bon chrétien. Les règles allemandes, tels les statuts de Ratisbonne relatives aux statuts des tailleurs de pierre insistent, elles aussi , sur l'obligation faite de croire en Dieu. Quant à la Bible, si elle n'est pas expressément définie comme devant être ouverte en permanence durant les travaux, c'est bien sur le « Volume de la Loi Sacrée » que les serments doivent être prêtés.

Les « antiquités » de la maçonneries, les récits légendaires et bibliques se sont naturellement développés jusqu'à Anderson à travers la transmission de ces « old charges », ces « vieux devoirs ». Alors que le manuscrit « Regius » se contente de la référence à Euclide et au légendaire Roi « Athelstan », les autres documents, tel le manuscrit « Cooke » plongent dans l'ancien testament afin de démontrer l'antiquité de la maçonnerie opérative... la succession des maçons est alors impressionnante : Adam, TubalCaïn, Enoch, le Déluge, Noé, La Tour de Babel, David, Salomon, Jésus, Saint-Jean. La référence chrétienne s'affirme de plus en plus avec le temps et surtout sur le continent plus catholique et moins déiste que la vieille Angleterre. Bien entendu tous ces récits proposent de délicieux mélanges entre l'Ancien et le Nouveau Testament et ne se préoccupent pas d'une chronologie qui est souvent allègrement arrangée afin démontrer l'essentiel, c'est à dire l'existence du « métier » depuis la création du monde, la lignée des Patriarches et leurs liaisons avec la science profane ( c'est sur ces liens que s'appuieront les « spéculatifs » du XVIIème siècle ). Le récit sera peu à peu complété par l'arrivée dans les symboles mythiques de l'Arche d'Alliance, de la Construction du Tabernacle, des deux colonnes antédiluviennes, de Noé et du Temple de Zorobabel.

En 1730, Samuel Pritchard, dans sa « Masonry Dissected » offre des précisions sur ce que sont les outils de la Loge :

« Réponse : Une Bible, un Compas et une Equerre.
Question : A qui sont destinés ces outils ?
Réponse : La Bible appartient à Dieu, le Compas au Vénérable Maître et l'Equerre à la compagnie des ouvriers. »

Plus tard, dans une autre « divulgation », les « Three distinct Knocks », datée de 1760, la Bible, désignée comme telle, est confirmée comme l'une des trois grandes lumières de la Franc-maçonnerie avec l'équerre et le compas :

« Question : Lorsque la lumière vous fut donnée, quelles furent les premières choses que vous vîtes ?
Réponse : La Bible, l'Équerre et le Compas.
Question : Que vous dit-on qu'elles signifiaient ?
Réponse : Les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie.
Question : Expliquez moi cela , mon frère
Réponse : La Bible pour diriger et gouverner notre foi, l'Équerre pour régler sur elle nos actions, le Compas pour tracer les limites que nous ne devons transgresser à l'égard d'aucun homme et plus particulièrement à l'égard d'un frère... »

On aura remarqué, bien entendu, qu'il s'agit ici de la Bible et non uniquement du Nouveau Testament, comme cela est parfois précisé. Ceci a son importance quant à la compréhension générale des rites maçonniques et de leurs références et c'est peut être l'une des pistes qui peut être suivie quant aux condamnations des « ancients » qui affirmaient à l'égard des « moderns », en 1788 que :

« Les innovations apparues récemment dans l'organisation de la Maçonnerie de notre Royaume... ont eues pour conséquences d'affecter grandement son système, il est du devoir de la fraternité d'en prendre conscience. Nous pensons que chacun prendra d'ici peu conscience des inconvénients causés par ces déviances, et tous se soumettrons à nouveaux aux règles définies par les « landmarks » (2)...

Ces griefs et ces espoirs ne sont, cependant, pas étayées par la définition desdits « Landmarks » dont il faudra attendre longtemps la liste précise.

(1). La théorie de la transition est celle qui prétend que la franc-maçonnerie spéculative est née de la maçonnerie de métier par infiltration, dans les Loges, de membres extérieurs à la corporation et qui seraient, au fil du temps, devenu plus nombreux que les bâtisseurs.

(2). « The Innovations which have of late crept into Masonry in this Kingdom ... as they tend to affect the integrity of the system, it is the duty of the Brotherhood to discountenance. We trust the time is not far distant when, sensible of the inconvenience as well as the fault of the Deviation, they will come back within the Landmarks of the Craft. » ( trad. J&J ) Lettre adressée en 1788 par le Grand Secrétaire des « ancients » à Lord Elcho, Grand Maître de la Grande Loge d'Ecosse ( Charles Bolton 1897, Grand Master's Lodge n°1 ) cité par Hextall, Ars Quatuor Coronatum n°23 :48 )
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# Posté le mardi 06 février 2007 01:57
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:32