N°23-24
Tome VI
Juillet-Octobre 1975
p257
Cet exposé s'appuiera à apprendre à passer du Charnel au Spirituel, du monde psychique à la vie selon l'esprit.
Pourquoi nous arrive-t-il fréquemment tandis que nous sommes par le baptême les enfants de la liberté, saisi par la grâce, bousculé par la révélation, tandis que nous célébrons régulièrement les Sts Mystères liturgiques, pourquoi nous arrivent-ils que nous nous mordons les uns les autres portant le risque de nous détruire ?
Dans la plus part des cas, cela tient à ce que nous n'avons pas établi, ou pas encore perçu concrètement, la nécessaire distinction entre l'âme et l'esprit, entre le charnel et le spirituel, entre le psychisme et le pneumatique.
L'apôtre Paul dit que le physique est une chose et que le spirituel ou pneumatique est autre chose, que le premier Adam était psychique (âme vivante) et que le deuxième Adam est spirituel (esprit vivifiant). Il établit la distinction soit entre le corps l'âme et l'esprit les nommant tous les trois soit en englobant dans le vocable « chair » ou (charnel) le corps et l'âme.
Est-ce que le charnel est mauvais en soi ? la violence :
S'agissant de l'esprit et de l'âme, ou du spirituel et du charnel, il peut paraître, à la Lumière de l'enseignement de l'apôtre Paul, que cette psyché et cette chair soient tenues en suspicion, comme le sceau irrémédiable du péché ou comme s'ils étaient en eux-mêmes suspects de souillures ou d'être en secondes zones par apport à l'esprit.
Disons nettement qu'il n'en n'est rien :
L'âme et le corps ont leur place et bien plus, le verbe est devenu chair, le christ s'est incarné pour élever le corps, la matière, au-dessus de tous les cieux, réalisant ainsi l'égalité entre le matériel et le spirituel. Ainsi St Paul paraîtra-t'il quelquefois dualiste ou manichéen, alors que son but est non pas de condamner le charnel mais, en le distinguant du spirituel, de le rétablir à son rang, de le retourner.
Dans la vie concrète, quotidienne, ce retournement ne peut être obtenu sans violence. Pour cela même, le Christ dit que le royaume des Cieux est gagné par la violence de l'effort.
L'approche réside dans la découverte de la conscience de notre esprit humain et dans la possibilité que nous lui donnons ou lui refusons de devenir le dirigeant dans notre être et notre vie.
Celui qui mènera à bien l'effort de conquête pour retrouver son propre esprit, avec sa lumière et sa puissance, celui-là reviendra ensuite vers son âme et vers son corps pour les enlever, comme une fiancée, amoureusement.
Comment accéder à la paix de l'esprit :
Comment retrouver cet esprit en nous et lui faire réellement épouser la chair ? il ne suffit pas d'être appelé, de recevoir le choc de révélation, de se prêter aux sacrements, d'être illuminé par la grâce Divine : tout cela est nécessaire, certes, mais peut demeurer inefficace en profondeur si l'on ne cherche pas, simultanément, à vivre par l'esprit et à le suivre.
N'ayons pas de vaines gloire entre nous, pas de provocation entre nous pas de jalousie.
Pour retrouver notre esprit et pour lui rendre sa puissance illuminatrice, son rôle de guide, attachons-nous à contempler tout d'abord les fruits de cet esprit tels que St Paul les présente dans un ordre strict et harmonieux, tandis qu'il énumère sans ordre, pêle-mêle, chaotiquement, les ½uvres de la chair. « Les trois premiers fruits de l'esprit sont : la charité, la joie et la paix », laissons les six autres et réservons ces trois fruits essentiels. Celui qui possède la paix, la joie et la charité perpétuelles et qui est dirigé par elles a retrouvé son esprit.
Procéder patiemment mais avec effort violent dans la lutte pour trouver l'esprit qui est la seule source de paix, de la joie et de la charité. Commencer par la recherche de la paix sans prétendre prématurément à la joie et à la charité.
La lutte :
La lutte se base sur la certitude qu'au-delà de l'inquiétude, du trouble, derrière les soucis de ce monde, en nous résident la paix, la joie et la charité.
A quel moment privilégié peut-on essayer de faire cette entrée dans notre esprit ? Est-ce dans un temps de tranquillité ou de bien-être psychique ? Est-ce dans un temps où l'âme est exaltée par l'amitié, par le bienfait de la prière personnelle ou collective, par des sentiments de bienveillance... ?
Celui qui trouve ce lieu, même très lointain, même infime, de cette paix, voit infailliblement qu'il ne se trouve pas situé dans la tête mais dans le c½ur, physiquement. Ayant distingué ce faible repère, vue de loin la chambre intérieure de notre être est celui où l'homme voit l'agitation de son âme, constate son trouble, son angoisse même. C'est à ce moment que l'opposition entre la psyché, agitée pour la paix, contre la paix ou sans elle, et le spirituel toujours pacifique peut apparaître avec plus de certitude. Cette lutte pour la paix est extrêmement violente mais elle permet de trouver ce lieu intérieur, ce point de la paix, malgré notre trouble et au-delà des soucis qui nous possèdent et dont nous sommes victimes.
La paix et le bonheur de l'âme existent mais ils peuvent avoir deux origines : soit être le reflet, l'imitation, la conséquence de la paix et de la joie de l'esprit en ce cas cette tranquillité et cette chaleur sont bonnes soit procéder des sentiments même de l'âme mais en ce cas, elles sont instables et l'on passera très facilement d'elles au trouble, au souci, à la mélancolie.
Ceci arrive à beaucoup de personnes qui ne comprennent pas comment elles ont pu tomber dans l'épreuve et l'angoisse alors que tout de suite auparavant elles semblaient être dans la paix et la tranquillité.
La paix et la joie spirituelles sont permanentes ; elles peuvent s'estomper mais elles ne changent pas, si la force de notre ½uvre s'y exerce, elles grandissent.
La succession des états d'âme et la succession des fruits de l'esprit :
A la joie s'opposent la tristesse, la neurasthénie et la mélancolie. La bataille contre ces éléments fait retrouver la joie sans mélange ce qui caractérise l'esprit.
Les états d'âme déséquilibrés et négatifs s'opposent à la paix et la joie spirituelles que l'âme se mettra alors à refléter (car l'esprit est plus puissant que la psyché), comment parvenir à la charité spirituelle, au couronnement de l'esprit.
L'âme inquiète, troublée, est opposée à la paix de l'esprit, sont successifs.
Lorsqu'elle se trouve dans cet état, le moment est favorable à la recherche de l'esprit et de la paix. Mais celui qui a trouvé la paix veut inéluctablement recevoir la joie : alors l'âme va secréter la tristesse et le sentiment de l'absurde, en plus du trouble et de l'angoisse.
Si l'on ne vient, hors de tout conditionnement et de toute nécessité. Dés que cette étape est conquise et à condition que l'on ne s'installe pas surgit la charité spirituelle qui est le fruit essentiel de l'esprit : alors comme ultime épreuve, l'âme peut, et cela lui arrive souvent, entrer dans la colère, l'indignation, l'irritation.
L'âme devient lucide, critique, acerbe et décrit avec beaucoup d'acuité son état ou celui du monde ou de l'église ; elle est empreinte d'un grand dynamisme et d'une grande flamme dont elle peut se satisfaire et se nourrir. Dés que paraîtra cette irritation, cette critique, cette malveillance il faut entrer en soi immédiatement, encore plus profondément, et rechercher coûte que coûte, cette charité spirituelle sans cause et rayonnante.
La charité spirituelle n'est ni pour, ni contre quelqu'un ou quelque chose, elle aime et cet amour est totalement gratuit. Tout comme la Lumière divine brille sur les bons comme sur les méchants, ainsi l'esprit rayonne la paix, la joie et la charité, sans cause, que l'on soit bon ou mauvais.
Une technique ascétique :
La technique ascétique à employer dans cette conquête consiste à ne pas utiliser,
vis-à-vis de soi le terme « je », mais à dire, comme le Christ, « mon âme », mon « esprit », tout en plaçant l'âme à la périphérie de l'esprit, comme un élément en nous mais pas comme le centre ou le dirigeant.
Nous devons, coûte que coûte, trouver notre esprit humain : l'esprit pacifique quand l'âme est troublée, joyeux quand l'âme est triste, plein de charité lorsqu'elle est irritée et agacée.
Pourquoi ? Parce que l'esprit de l'homme est le lieu de la rencontre unique entre L'Esprit-Saint et nous, l'autel et le Temple du Très Haut.
