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Notes et Commentaires sur "Le Traité des Deux Natures" de J-B Willermoz (de Roger Dachez) résumé par Daniel L.

 Notes et Commentaires sur "Le Traité des Deux Natures" de J-B Willermoz (de Roger Dachez)  résumé  par  Daniel L.


Renaissance Traditionnelle
N°67 Tome XVII Juillet 1986. p 235
N°71 Tome XVIII Juillet 1987. p 209
N°72 Tome XVIII Octobre 1987. p 300
N°78 Tome XX Avril 1989. p 116


Le Traité des deux natures n'est, à aucun égard, un texte maçonnique. Il se présente, ainsi que l'explicite son titre complet Traité des deux natures divine et humaine réunies indivisiblement pour l'éternité et ne formant qu'un seul et même être dans la personne de Jésus-Christ Dieu et homme rédempteur des hommes, souverain juge des vivants et des morts, accompagné de réflexions sur la conduite de Pilate et d'une méditation sur le grand mystère de la Croix, comme une sortie de cours de théologie, d'un ton vivant, sur les thèmes principaux du christianisme – la chute, la Rédemption , le Mystère de la croix – que J.B.Willermoz aurait destiné à son fils. Aucune allusion relative à la Maçonnerie ne s'y trouve, fût-elle la plus lointaine, non plus d'ailleurs qu'à l'initiative en général.

Sans doute, quand Willermoz écrit le Traité des deux natures, l'homme âgé qu'il est devenu s'est-il éloigné des Loges. Son milieu familier, ses amis et ses frères d'avant la Révolution disparus, pour la plupart, lui-même frappé par les épreuves, il doit songer plus qu'à tout autre moment de son existence, à se préparer à une bonne mord».

Ses préoccupations sont dès lors surtout mystiques et religieuses : le Traité en porte témoignage. Toutefois, nous ne pouvons oublier qu'en 1809, il se trouve encore la ressource de composer à lui seul le Rituel définitif de Maître Ecossais de Saint-André, texte capital pour le R.E.R.

Le Traité des deux natures appelle un travail qui ne doit pas se refermer sur une exégèse personnelle, mais s'ouvrir sur un débat que nous souhaiterions fructueux, débat auquel tous les lecteurs de Renaissance Traditionnelle sont conviés.

Afin de faciliter le cours, nous proposons un découpage du texte en vingt-quatre sections, correspondant pour chacune d'entre elles à une thématique assez facilement repérable et relativement cohérente.

A- ORIGINE DE LA CHUTE ET NECESSITE D'UN REDEMPTEUR

Le texte s'ouvre par quelques lignes d'un ton indiscutablement très martinésiste parlant des Agents spirituels et de leur action particulière. L'homme primitif - qui n'est cependant pas qualifié ici de Mineur – est, pour sa part, le dominateur des esprits pervers. Il reste que cette phraséologie ne doit pas induire en erreur – non plus qu'en suspicion – car elle disparait aussitôt d'un texte qui ne contient que de rares emprunts au vocabulaire des Elues-Coens.
Il faut souligner à ce propos que si l'influence de l'enseignement de Martines de Pasqually, auquel Willermoz demeurera fidèle toute sa vie durant, se fait clairement sentir en d'autres endroits, c'est moins par l'usage d'un vocabulaire caractéristique que par les thèmes abordés, comme nous le verrons. Quant au reste, dans un court paragraphe inaugural, allusif aux circonstances de la Chute, rien n'apparait d'incompatible avec l'exégèse biblique traditionnel en ce domaine. Pour ne mentionner qu'un point, on peut notamment rappeler que l'antériorité d'une création spirituelle sur la Création d'un Monde et l'Homme a toujours été affirmée par la doctrine chrétienne la plus orthodoxe.

Suit un exposé des conséquences de la Chute, dont l'unique but est de faire apparaitre le nécessité d'un Rédempteur. L'homme, cet inique délégué, ayant accompli le crime le plus inexpiable – ici clairement qualifié : avoir horriblement abusé de tous les dons, de tous les pouvoirs qu'il en [en Dieu] avait reçus , ne peut espérer relever de cet état, qu'en Dieu Lui-même.

« Il faut donc une grande victime pour satisfaire à la Justice Divine ; car si la Miséricorde de Dieu est infinie et sans borne, sa justice l'est aussi [...]

Cette dialectique de la Justice et de la Miséricorde – ou de la Rigueur et de la Clémence-, outre qu'elle soulève la question théologique du salut et de la Rédemption en général, évoque encore pour nous, la présence au premier grade Adhuc stat. Cette dernière ne paraît s'éclairer pleinement, en effet, que relativement à la Chute de l'homme, qui elle-même conditionne le Traité des Deux Natures.

L'homme primitif, le premier Adam, en application de la justice divine tombe dans l'état de nature déchue.
A la justice de rigueur s'adjoint nécessairement, en effet, selon la perspective chrétienne, la miséricorde, ou la clémence, qui laisse à entendre que ce qui est tombé pourra être relevé, et n'est sans doute pas totalement anéanti... Adhuc Stat.

Cette double dimension de la justice divine, dont Willermoz fait le pivot de la Rédemption, nous renvoie plus précisément encore aux stipulations du rituel en usage dans la loge de la Triple Union, à Marseille.

C'est en effet dans ce texte qu'apparait pour la première fois, dans l'histoire des rituels rectifiés, la vertu de Justice, intégrée avec les trois autres vertus dites cardinales de la tradition occidentale – tempérance, prudence, force – dans une répartition des quatre grades symboliques.

On peut lire dans la description des préparatifs nécessaires à la réception au premier grade :

Au dessus et en avant du baldaquin du trône les jours de réception, on placera un transparent sur lequel sera en gros caractères sur fond noir et sans aucun ornement ou attribut le mot JUSTICE ; on l'éclairera en même temps que la Loge.
Mais plus loin on ajoute :
A l'occident les surveillants et en face du transparent portant le mot justice, sera placés (sic) les jours de réceptions, un autre transparent sur lequel sera écrit en gros caractères, sur fond bleu le mot CLEMENCE.

Ce dernier transparent sera moins élevé que le premier et on l'éclairera de même en illuminant la Loge. (Ce dispositif est d'autant plus remarquable soulignons-le l'ensemble des vertus en question n'apparaît pas dans les rituels bleus rectifiés dans les versions que l'on peut considérer comme définitive, établies entre 1785 et 1787.On doit cependant remarquer que les vertus sont présentes dans le Rituel Général de Maître Ecossais de Saint André, rédigé par Willermoz en 1809, selon l'Esquisse adoptée au Convent de Wilhelmsbad. La vertu de FORCE y est en effet clairement exposée, comme sont rappelées les vertus des trois grades antérieurs.

Le VM frappe un coup, et aussitôt le 2èmeS :. Fait tourner le candidat du côté de l'occident et lui montre le mot CLEMENCE ;
le VM après un moment de silence dit :
Mon F :. Si vous avez le c½ur droit et sincère ne craignez point : la clémence tempère les rigueurs de la justice en faveur de ceux qui se soumettent généreusement à ses lois.
Le 1erS :. : VM l'A :. a subi l'épreuve de la justice et de la clémence.


Cette conception duelle de la justice divine, fondamentale pour comprendre l'espérance chrétienne, permet à Willermoz d'écrire :
Un second Adam, émané du sein de Dieu en toute pureté et sainteté, se dévoua et s'offrit en victime à la Justice divine pour le salut de ses frères, et son dévouement fut accepté par sa Miséricorde.

C'est à partir de cette analyse que doit être envisagée la disposition des deux vertus complémentaires prévues par les rituels de la Triple Union.

B. L'UNION HYPOSTATIQUE – SA NECESSITE DANS L'HISTOIRE DU SALUT

(Définition Hypostatique: Désigne l'union des natures divines et humaines dans la personne du Christ)

Willermoz aborde ici la signification et la raison fondamentale de l'institution, par l'union incompréhensible de la Nature divine à la nature humaine, [d'une] religion sainte qui apprendrait à l'homme à connaitre le vrai culte à son Créateur, et le seul qui puisse lui plaire.

La notion de vrai culte est en effet abordée avec insistance par Martinès de Pasqually dans le Traité de la Réintégration, et semble avoir imprégné nombres de textes fondamentaux de la maçonnerie Rectifiée.
Martinès souligne en effet que:
Ce culte que le créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, n'est pas le même que celui qu'il aurait exigé de son premier mineur, s'il fût resté dans son état de gloire. Le culte que l'homme aurait eu à remplir dans son état de gloire n'étant établi qu'à une seule fin, aurait été tout spirituel, au lieu que celui que le Créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, est à deux fins : l'une temporelle et l'autre spirituelle.
En attendant la venue du seul Rédempteur, toute l'histoire des premières générations ne fut ainsi, selon Martinès, qu'une quête incessante du « vrai culte.


En considérant que l'Union hypostatique a pour effet de rendre aux hommes l'espérance du Salut, en autorisant enfin le rétablissement du vrai culte, Willermoz souligne, dans une conception que seule la doctrine de Martinès éclaire réellement pour lui, la signification essentielle dudit culte, sans pour autant s'écarter, on le voit, d'une stricte orthodoxie.

C. L'IGNORANCE DES HOMMES CONCERNANT LA DOUBLE NATURE DU CHRIST :

Jean-Baptiste Willermoz en dénonçant diverses opinions sur les relations entre l'homme et Dieu, à travers l'histoire, évoque certaines notions de la cosmogonie martinésiste, telle qu'il l'avait intégrée à son orthodoxie chrétienne.

C'est ainsi qu'il repousse tout d'abord l'idée qu'existent des classes angéliques, des agents de Dieu assez purs et assez puissants pour rapprocher l'homme de Dieu, sans qu'il soit nécessaire que Dieu même se soumette à l'Incarnation.

C'est là une condamnation sans équivoque, on doit le souligner, de tout gnosticisme ( connaissance ésotérique parfaite et initiatique contenant toutes les connaissances sacrées) hétérodoxe (qui n'est pas conforme à la doctrine), de cette doctrine ennemie dès les origines de la pensée chrétienne, affirmant, la possibilité pour l'homme d'accomplir son salut par son propre effort de connaissance, et d'atteindre ainsi, de proche en proche, l'état divin, par la réalisation de tous ces états intermédiaires, sans que la médiation du Christ soit aucunement utile.

D. A PROPOS DE LA CONSTITUTION TERNAIRE DE L'HOMME DANS LE REGIME ECOSSAIS RECTIFIE

Abordant la question centrale de l'union des deux Natures dans la personne du Christ, Willermoz est conduit à évoquer ce qui, dans sa constitution subtile, rapproche du Christ, mais aussi ce qui l'en distingue. Il précise :

[...] l'homme-Dieu est formé corporellement dans le sein virginal de Marie de sa pure substance, de ce vrai et pur limon quintessentiel de la terre vierge de sa mère ; il y est formé et composé, comme tous les autres hommes qui viennent pour un temps sur terre, d'une triple substance, c'est-à-dire d'un Esprit pur, intelligent et immortel, d'une Ame passive ou vie passagère, et d'un Corps de matière.

Plus loin, il poursuit:
Nous avons reconnu en son lieu que l'animal ou la brute est un composé binaire d'une Ame, ou vie passive et passagère, et d'un Corps de matière, qui disparaissent totalement après la durée qui leur est prescrite, que l'homme est pendant son séjour passager sur la terre un composé ternaire : savoir des deux mêmes substances passagères que nous venons de citer qui le constituent animal comme la brute, et d'un Eprit intelligent et immortel, par lequel il est vraiment image et ressemblance divine. Mais en Jésus-Christ homme-Dieu et divin se trouve pendant sa vie temporelle sur la terre un assemblage quaternaire qui le distingue éminemment de toutes les créatures ; savoir : les trois substances que nous venons de connaitre dans l'homme temporel et de plus l'Être même de Dieu qui s'est uni pour l'éternité à l'être intelligent et immortel de l'homme, pour en former un être unique et une seule personne en deux Natures.

Or, ce passage du Traité permet d'évoquer la question corps-âme, s'opposant au trichotomisme, selon lequel l'homme est constitué de trois substances, le corps, l'âme et l'esprit. Cette question a en effet suscité, dans l'histoire du christianisme, mais aussi dans la genèse du R.E.R, des discussions et des querelles de divers ordres.

Héritiers à la fois de l'hermétisme (doctrine occulte des alchimistes, fondée sur des écrits attribués à Hermès) alexandrin redécouvert, et s'ouvrant aux doctrines kabbalistiques, l'idée trichotomiste était très répandue dans les cercles Illuministes au XVIIIe siècle, alors qu'elle avait disparu des formulations dogmatiques de la foi catholique.

Qu'en fut-il dans le petit cercle des « émules de Martinès de Pasqually ?
La doctrine trichotomiste dans la littérature complexe du Maître, use d'une méthode d'exposition parfois déroutante, et d'un vocabulaire souvent tout à la fois obscur et trompeur.

Toutefois, on trouve exprimée en mains endroits du Traité de la Réintégration l'idée fondamentale que l'homme est un Mineur spirituel, un être spirituel divin, incarné dans un corps de matière qui est sa prison, en raison de sa prévarication. Ce corps lui-même est animé d'un principe de vie passive et corruptible qui, à la mort de l'homme, suivra le destin de la matière, qui est celui de la dissolution.

C'est uniquement par sa nature spirituelle, seule incorruptible, que le mineur spirituel (la matière ne possédant qu'une existence illusoire selon Martinès, c'est d'ailleurs seulement en tant qu'Esprit que l'on peut dire de l'homme qu'il existe) peut espérer opérer sa jonction avec l'Esprit majeur promesse de sa réintégration.

Il est enfin un thème très proche, que développeront abondamment les émules : l'analogie qui existe entre le corps de l'homme et le Temple de Salomon. On lit en effet dans les Conférences de Lyon :

Le corps de l'homme est une loge ou un temple qui est la répétition du temple en général, particulier et universel. [... ]

La protohistoire des rituels français du Régime Ecossais Rectifié commence avec les traductions françaises des rituels de la Stricte Observance Templière, apportés à Lyon par le Baron Weiler en 1774. Dans ces textes, d'une concision spartiate, il n'est trouvé aucune allusion à la triple constitution de l'homme. On sait toutefois que les frères lyonnais furent rapidement déçus par le contenu de système de la Réforme de Dresde.

Dès 1775, ils commencèrent à l'amender, puis à le transformer très sensiblement, notamment en refondant les rituels. L'une des étapes essentielles de cette rectification fut naturellement, le convent de Lyon en 1778. Les rituels arrêtés par le dit convent, considérablement modifiés, ne comportent cependant aucune référence précise au trichotomisme, alors que les références symboliques et rituelles empruntées au système des Elus Coens y sont déjà nombreuses.

Or tout change dans les rituels adoptés par le convent de Wilhelmsbad, en 1782.
(Exemple: l'instruction morale au 1er grade : Le VM vous a reçu Franc-maçon par trois coups de maillet sur le compas, qui était posé sur votre c½ur ; ces trois coups vous annoncent ce que vous devez à l'Auteur de toutes choses, à vous mêmes et à vos frères.
En 1782 sens nouveau : Les trois coups sur le C½ur vous désignent l'union presqu'inconcevable qui est en vous de l'Esprit, de l'Âme et du Corps, qui est le grand mystère de l'Homme et du maçon, figuré par le Temple de Salomon.)


L'affirmation claire du trichotomisme faisait ainsi son entrée dans les rituels des grades bleus rectifiés et demeura dans toutes les versions postérieures.
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# Posté le samedi 05 avril 2008 11:24
Modifié le vendredi 10 octobre 2008 00:29

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