Tome XII octobre 1981. p258
Alors commençons par quelques mots sur l'auteur de l'article tout d'abord. Françoise Haudidier est Conservateur Honoraire des Musées de la ville de Remiremont, auteur de nombreux ouvrages sur ces musées et notamment sur une superbe collection de peintures hollandaises du XVII° dont elle demeure la spécialiste. En ce qui concerne Remiremont, c'est une petite ville de 8000 habitants près d'Epinal, qui présente la caractéristique de pouvoir suivre sans interruption son histoire pendant quatorze siècles, depuis le monastère fondé au début du 7ème siècle dans cette montagne vosgienne, en passant par le plus prestigieux chapitre féminin noble d'Europe du XVIIIème siècle jusqu'à la ville actuelle. Abbesses et chanoinesses, " les Nobles Dames de Remiremont " ont laissé partout dans la ville leur empreinte prestigieuse... Cet article est tiré des Actes des journées d'études Vosgiennes des 17 et 20 avril 1980.
Cet article de Renaissance Traditionnelle donc, rappelle tout d'abord les deux éléments principaux connus traitant du sujet de l'Agent Inconnu, qui sont d'une part l'ouvrage "Un Mystique Lyonnais et les Secrets de la Franc-Maçonnerie" paru en 1938 et écrit par Alice Joly (1) ; et d'autre part le chapitre intitulé "Jean-Baptiste Willermoz et l'Agent Inconnu des Initiés de Lyon" première partie de l'ouvrage de Robert Amadou et Alice Joly intitulé "De l'Agent Inconnu au Philosophe Inconnu" (2).
Brièvement, rappelons les faits, le soir du mardi 5 avril 1785, Jean-Baptiste Willermoz reçoit un messager qu'Alice Joly identifie comme étant Alexandre de Monspey, je cite « gentilhomme beaujolais, commandeur dans l'Ordre de Malte, l'un des frères les plus distingués de la Loge La Bienfaisance ». Il est porteur de 11 lettres qui relatent les échanges surnaturels que connaît depuis plusieurs mois sa s½ur la Chanoinesse Marie-Louise de Monspey, dite Madame de Vallière. Ces échanges surnaturels se manifestant par une sorte d'écriture automatique dont la somme des textes apparut vite comme destinée à Jean-Baptiste Willermoz... Notons au passage comme Alice Joly, que malgré les notions de secret maçonnique scrupuleusement observé, les fameux écrits présentaient une parfaite connaissance de la doctrine et des mystères de l'Ordre.
Lorsqu'en 1958, Alice Joly toujours, avait voulu prendre un avis médical et historique, auprès donc de la "Société lyonnaise d'Histoire de la Médecine", les textes furent décrits comme ceux d'un aliéné, entre autres : "caractéristiques d'une quinquagénaire en phase ménopausique présentant une préoccupation particulière dans le domaine de la sexualité"... Intéressons nous à l'instar de Françoise Haudidier à d'autres aspects de Madame de Vallière et aux autres chanoinesses de l'abbaye Saint-Pierre de Remiremont. .
En ce qui concerne l'histoire de Remiremont et de son Chapitre, je vous renvoie bien sur, pour ceux que ça intéressera à l'article de Renaissance Traditionnelle qui reprend le travail de Françoise Haudidier et vous pourrez trouver en notes, une histoire abrégée (3) de ce même chapitre. Que nous dit cet article, en fait le Chapitre était "une maison d'éducation pour filles qui n'avaient pas forcément la vocation religieuse, qui constituait un refuge pour des veuves, des amoureuses déçues, des princesses sans fortune, mais à qui l'abbaye dispensait à toutes, les honneurs dus à leur rang. » Mais revenons à cette étude lorsqu'elle traite des chanoinesses de Monspey.
Elles sont filles du comte Joseph-Henry de Monspey originaire de Vallière en Beaujolais. Vous allez voir dans la présentation des cinq s½urs les difficultés de recherche, car les prénoms des s½urs sont très proches les uns des autres... On apprend de plus, que la seconde, va fonder une sorte nous dit l'auteur, de république pastorale inspirée de l'Astrée (4) ce roman fleuve du XVIIème donnant pour rajouter à la confusion des surnoms de bergers ou de héros ! Confusion renforcée par le fait qu'outre les prénoms ressemblant le père leur donnera aussi un nom correspondant à l'une de ses terres. On retrouve donc :
Marie-Louise de Monspey dite "Eglé de Vallière" ou encore Madame de Vallière. C'est, je dirai, celle qui nous intéressera par ailleurs, elle est l'ainée des cinq s½urs qui toutes entreront au Chapitre et feront preuve à l'image des fameux cahiers d'une foi catholique puissante. Elle nait en 1731, mais n'entrera que la dernière au Chapitre en 1776.
Marie-Louise-Catherine de Monspey dite "Bergère Annette" ou "Annette de Charentey", née en 1734 et qui entre au chapitre en 1765
Marie-Reine-Aimée de Monspey ou "Laure de Vury", née en 1736 et entre au chapitre en 1766.
Pauline de Mospey ou "Pauline d'Arma" devenue chanoinesse en 1772, et
Catherine-Elise de Monspey ou "Sylvie d'Arigny" entrée elle en 1775 où elle succombera 7 ans plus tard de brûlures...
Les cinq s½urs passent pour avoir été des poétesses, la Maison de Monspey étant dite "chérie des muses" par Alice Joly.
Outre l'histoire des tableaux représentant les Chanoinesses, Françoise Haudidier, décrit l'intérêt des cinq s½urs pour la culture et la lecture de l'époque. Ce sont à la fois des bienfaitrices, qualifiées de "Bonnes fées" des pauvres, mais aussi de on epeut le dire avec une connotation qui nous est chère, de véritables "cherchantes", curieuses de tout en ce temps des Lumières. Elles lisent Buffon, "grattent" du côté des expériences de Lavoisier ou de celui des expériences de physique de l'abbé Nollet. Elles portent aussi et surtout pour nous un grand intérêt aux sociétés Mystiques Lyonnaises, au sein desquelles : les courants s'intéressant au magnétisme et aux guérisseurs, courants dans lesquels Mesmer et Cagliostro occupent une part prépondérante.
Nous l'avons dit Marie-Louise de Monspey entre au chapitre en 1776, elle est âgée de 45 ans, on sait qu'elle ne fait que de courts séjours à Remiremont. A partir de 1785 et pendant 14 ans qu'elle va, sous l'impulsion d'une force Divine, rédiger ses fameux cahiers qu'elle va signer pendant trois ans, de "L'Agent Inconnu", et dont elle avouera ne pas comprendre le sens de ce qu'elle écrit. A son initiative Jean-Baptiste Willermoz créera la société des "Initiés" mais nous traiterons ceci plus en détail par ailleurs, car cela constitue un pan de l'histoire du Régime Ecossais Rectifié tant au niveau de l'influence sur la vie de Willermoz, que sur les rituels de ce même Régime...
Le 7 Décembre 1790 l'Eglise abbatiale, « cette dépendance religieuse de l'aristocratie » est fermée et mise sous scellés...
Notes:
1. Macon, chez Protat Frères Imprimeurs-Editeurs. Réédité en 1986 Paris-Editions Demeter (Avant-propos et Index d'Antoine Faivre)
2. Collection La Tour Saint Jacques. Edition Denoël. Paris 1962. p 11 à 152
3. La communauté religieuse féminine, était, au départ vouée à la prière et à la méditation, elle s'est ensuite transformée en chapitre noble. La Lorraine a connu quatre établissements de ce type, mais l'illustre Chapitre Saint-Pierre de Remiremont fut de loin le plus renommé par son ancienneté, sa richesse et la qualité de son recrutement. L'histoire commença en 620 avec la création par Romaric (noble de la cour d'Austrasie), et Amé, (moine prédicateur disciple de Saint-Colomban) sur le Saint-Mont, sommet montagneux qui domine la vallée de la Moselle, du premier monastère féminin de Lorraine.
Après avoir obéi à la règle colombanienne, les moniales adoptèrent, deux siècles plus tard, celle plus souple de Saint-Benoît, en même temps qu'elles s'installèrent dans la vallée. La richesse foncière de l'abbaye de Remiremont est l'un des éléments de sa puissance et de son prestige. Au Moyen-âge, ses domaines restent les plus importants parmi ceux de la région. Ils constituent une véritable enclave à l'intérieur des territoires du Duc de Lorraine. L'abbaye dépendait directement du Saint-Siège pour le pouvoir spirituel et de l'Empereur pour le temporel, mais tous deux éloignés, le véritable chef de l'abbaye, restait l'Abbesse qui portait le titre de "Princesse d'Empire". L'abandon de la règle bénédictine et l'évolution vers un mode de vie plus souple et plus agréable, acquis par la sécularisation, témoigne en fait de l'origine sociale de ses membres, issus de la meilleure noblesse (toute postulante devait faire preuve de seize quartiers de noblesse, sans mésalliance).
Le chapitre était une sorte de maison d'éducation au XVIIIème siècle pour les jeunes filles de haute noblesse issues de Lorraine, de France, de Franche Comté, d'Alsace et du Saint Empire. La sécularisation (affirmée au XIVème siècle) permettant de ne faire ni v½u, ni profession religieuse, les dames bénéficiaient d'une grande liberté d'action. Sorties des offices et obligations religieuses, elles vivaient en femmes du monde dans l'aisance et le confort de leurs maisons particulières.
En 1789, la Révolution est en marche, rien ne peut l'arrêter : abolition des privilèges et des droits seigneuriaux décidés par l'Assemblée cette année-là, puis décret du 13 Février 1790 décidant la suppression des monastères. Le Chapitre perd alors son existence légale et les Chanoinesses
sont obligées de partir. Le 7 Décembre 1790, les scellés sont apposés sur l'église abbatiale.
http://www.ot-remiremont.fr/pages/visiteville/visitevillehistoire.html
Voici à quoi ressemblait l'organisation politico-religieuse du Chapitre par rapport à la ville :
La Dame Abbesse est le Chef spirituel et temporel du chapitre. Elue à scrutin secret parmi les chanoinesses, son élection devait ensuite recevoir la confirmation du souverain pontife.
La Dame Doyenne proposait les nouvelles chanoinesses, faisait une enquête sur les candidates, recueillait les voix et prononçait les ordonnances.
Le Dame Secrète avait la direction de la sacristie et la responsabilité de la décoration de l'église.
Le Maire : Désigné par l'abbesse sur une liste proposée par les notables de la ville.
Le Grand Eschevin : Second officier municipal. Choisi par le Maire sur une liste de 3 candidats présentés par les bourgeois de Remiremont avec avis de l'Abbesse. Il était receveur de l'octroi de la ville et président de la justice ordinaire (tribunal civil et criminel).
Le Doyen : nommé par le Maire, c'était un huissier-exécuteur des décisions du conseil municipal.
http://shw68.free.fr/patrimoi/colonge/colonge.htm
4. L'Astrée est un roman pastoral publiée de 1607 à 1627, par Honoré d'Urfé.
¼uvre littéraire majeure du XVIIe siècle, l'Astrée est parfois appelé « le Roman des romans », d'abord par sa taille, qui fait qu'on le considère comme le premier roman-fleuve de la littérature française (5 parties, 40 histoires, 60 livres, 5 399 pages), mais aussi par le succès considérable qu'il a eu dans l'Europe tout entière (traduit en un grand nombre de langues et lu par toutes les cours européennes). Les trois premières parties sont publiées en 1607, 1610, et 1619 et lorsque d'Urfé meurt en 1625, son secrétaire Balthazar Baro aurait achevé la quatrième partie et lui aurait donné une suite (1632-1633). Mais selon Larousse (1863), les cinquième et sixième parties auraient été composées par Pierre Boitel, sieur de Gaubertin, et éditées en 1626.
Il serait difficile, voire impossible d'établir une sorte de résumé de L'Astrée, car ce livre n'est pas qualifié sans raison de roman-fleuve ou d'½uvre à tiroirs. Notons tout de même qu'il est constitué de 5 parties, de 40 histoires, de 60 livres et de 5399 pages. Mais le fil rouge de ce livre reste l'histoire d'amour parfaite entre l'héroïne (qui a donné son nom au livre) Astrée et Céladon (personnage qui a donné son nom à un type de céramique, propre à la Chine et à l'Extrême-Orient). Il s'agit de deux bergers foreziens. Les perfidies de certains personnages, les ambitions politiques d'autres, les mésaventures amoureuses des deux héros constituent la grande partie de ce roman extrêmement dense et complexe, qui contient diverses autres péripéties vécues par des personnages n'ayant aucun lien avec l'histoire centrale, mais qui illustrent par leurs vies, celles vécues par les protagonistes principaux.
