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Allégories et symboles dans l'«Hortus Deliciarum» de Herrade de Landsberg (de Frédéric Tristan )- 3ème Partie résumé par Caroline P.

 Allégories et symboles dans l'«Hortus Deliciarum» de Herrade de Landsberg (de Frédéric Tristan )- 3ème Partie  résumé  par Caroline P.

Renaissance Traditionnelle Tome VII
N°27 Juillet 1976. p196 & N°28 Octobre 1976. page 303


II – L'ancien et le nouveau testament

La représentation des juifs et la scène de la cruxifiction

La crucifixion du Christ est représentée, bien évidemment, dans l'Hortus Deliciarum. Très riche, elle contient notamment une représentation de l'Eglise et de la Synagogue, qui prennent place dans l'évolution historique de leurs représentations du 9ème au 15 siècle et qui sont à regarder en parallèle avec celles figurant sur la cathédrale de Strasbourg. L'analyse des rapprochements entre l'Hortus Deliciarum et la cathédrale de Strasbourg mériterait de plus ample développement, mais quelques remarques viennent à l'esprit sur ce thème précis.

Cette thématique est complexe et contient des représentations qui peuvent apparaître contradictoires.
L'Eglise et la Synagogue sont représentées sous la forme allégorique de deux personnages féminins, l'un triomphant, l'autre abattu.
Au 9ème et 10ème siècle, les représentations comme celles figurant sur des ivoires de Metz , montrent la Synagogue, vêtue comme l'Eglise et sans signe d'infériorité, qui s'éloigne du Christ en tenant la tête droite, de même pour son drapeau. L'Eglise quant à elle tient le calice dans lequel le sang du Christ est recueilli.
La représentation de la coupe recuillant le sang revêt une symbolique riche dans l'art roman et la culture médiévale pour laquelle le centre de l'homme se situe dans la poitrine. Donc, ce qui se montre ici, c'est la poitrine de l'homme (centre du monde) comme pont, comme lien entre le microcosme et le macrocosme.

Dans l'Hortus Deliciarum (rappel de la date de la mort de l'abbesse Herrade : 1195), outre la reprise de différents éléments décrits dans la Bible, l'Eglise triomphante est représentée assise sur un animal mythique, à quatre têtes avec les pieds qui correspondent à chacune de ces têtes. Cet animal renvoit clairement aux Quatre Vivants avec une description proche de celle qui en faite dans Ezéchiel et non celle que l'on retrouve sur les tympans et portails des églises romanes et gothiques. Elle tient à la fois un étendard à hampe cruciforme, tourné vers le Christ et une coupe pour recueillir le sang qui s'écoule de la plaie de son coté.

La Synagogue, assise avec beaucoup moins de majesté qu'Ecclésia, est juchée sur un âne au comportement manifestement rétif, animal qualifié de sot et vicieux, et dont le licol, par lequel il pouvait être guidé, gît à terre.

La femme aveuglée par son voile, détournant la tête du Christ en croix, tient à la fois un couteau sacrificiel et un agneau. Cet agneau vise peut-être le Christ car le panneau qu'elle tient contient les mots suivants : »je ne le savais pas ». Sa bannière qui a tombée de ses mains, gît dans la poussière.

Dans le bas de l'image, des morts ressuscitent. L'un des cercueils capte l'attention car il contient un squelette : a priori, ils peuvent sembler signifier, qu'aux pieds de l'âne se trouve un cercueil avec un squelette immobile alors qu'au pieds de l'Ecclesia les morts ressuscitent en s'extrayant de leurs cercueils.
Cependant, la lecture des commentaires fournit des explications et indique que le cercueil, représenté au pied de la croix est celui d'Adam, dont le tombeau était pensé comme situé sur le lieu où fut crucifié Jésus. Cette co-existence est très riche en interprétations théologiques.

Deux représentations de l'Eglise et de la synagogue se trouvent dans la statuaire de la cathédrale de Strasbourg et leurs différences manifestent une autre évolution de la thématique.
- La plus connue date des années 1225 à 1235 et se situe sur le portail sud. La synagogue aux yeux bandée est vaincue et tient une lance plusieurs fois brisées. Elle baisse la tête et détourne le regard de l'Eglise triomphante située en face d'elle et qui tient un étendard à hampe cruciforme. Entre les deux se trouve une statue du roi Salomon.
- vers 1285, une autre représentation, située au tympan du portail central de la façade occidentale de la synagogue va encore plus loin : si sa lance est entière et si elle tient fermement son livre, le bandeau qui l'aveugle est un serpent enroulé autour de sa tête.

Plus tard, au 14ème et 15ème siècle, les représentations de la synagogue au pied de la croix se dégradent comme par exemple dans une bible du 15ème provenant de Hagueneau qui va jusqu'à placer un diable sur son épaule.

Un autre point mérite d'être explicité dans cette représentation : la représentation de la lune et du soleil autour de la croix. Les luminaires, déjà représentés dans l'allégorie sur la création sont identiifiés et personnifiés, mais dans l'affliction. Alors que cette représentation de la cruxifiction avec le soleil et la lune est rare (voire inexistante) dans les églises françaises, elle demeure très courante dans les églises espagnoles , mais aussi dans les églises pragoises.

La typologie : relation entre le nouveau et l'ancien testament :

Cette problématique des rapports complexes entre l'ancien et le nouveau testament se retrouve dans les roues les représentants et dans la comparaison qui peut être réalisée ente ces roues et les rosaces de la cathédrale de Strasbourg.

Au centre se trouve un personnage à tête double, se tenant sur une barre fixée sur un chandelier à 7 branches et assis sur un arc en ciel, il représente dans l'union entre Moïse et la Christ, l'union de l'ancien et du nouveau testament. Le thème principal est celui de la purification par le don et le sang offert. Le personnage double tient d'une main l'hysope qui servait à asperger la foule du sang et des cendres des animaux sacrifiés et de l'autre le calice contenant le sang du Christ.
Cette image représente la théologie du 12ème siècle qui prône la typologie, c'est-à-dire l'osmose entre l'ancien et le nouveau testament.
Sur le mur méridional de du croisillon Sud se trouve , à coté de la rosace du nouveau testament, celle de l'ancien testament. La construction en est différente mais l'esprit de la typologie y est encore plus fortement exprimé. On y retrouve le personnage double au centre, un médaillon contient le chandelier à 7 branches qui selon l'Hortus signifie l'esprit saint donc, qui de sa lumière guide les prophètes, les apôtres et les évangélistes dans la composition des livres de l'ancien et du nouveau testament. Sur certains médaillons figurent soit des rappels de l'ancien soit du nouveau testament.

La rose du nouveau testament présente en son centre un personnage couronné comme un roi et mitré comme un évêque et tenant un calice. Ce personnage est décrit comme étant le christ dont il est précisé qu'il accomplit les sacrifices du nouveau testament, c'est-à-dire les vertus chrétiennes.
Sous ses pieds entourés de deux chérubins, et représentée comme l'arche d'alliance, se trouve l'église et la croix. Ainsi, comme le précise le texte, l'arche représente l'église libérée par la Croix.
La rosace du nouveau testament dans la cathédrale en est proche. Le centre est occupé par Melchisédech tenant un calice d'or dans ses mains voilées. On y retrouve différents éléments de l'ancien testament : l'arche d'alliance, la verge d'Aaron ... .
D'autres éléments présentés sont ceux du nouveau testament : le Christ entre l'alpha et l'oméga, les 4 évangélistes ... l'inscription en bordure énonce clairement les rapports entre l'ancien et le nouveau testament : « le b½uf et l'autel n'ont été qu'obscure apparence, le roi et la croix sont la lumière, qu'on cesse d'immoler brebis, chèvres et b½ufs, le prêtre sera la véritable victime. »

Pour l'homme roman, la foi chrétienne n'existe que dans l'union mystique de l'ancien et du nouveau testament, union non pas chronologique mais thématique, les deux textes co-existant dans l'accomplissement du message chrétien.
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# Posté le mardi 01 juillet 2008 12:57

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