Etudes Esotériques sur Saint Jean Climaque II (de Pierre Stables) par Dominique S.

Etudes Esotériques sur Saint Jean Climaque II (de Pierre Stables) par Dominique S.
Renaissance Traditionnelle N°5- Janvier 1971. p 9. Tome II

II. Essai de commentaire sur l'Echelle sainte ou les degrés pour monter au ciel composés par Saint-Jean Climaque

I.RAPPEL SUR SAINT-JEAN CLIMAQUE

Ioannès tês Klimakos (klimax signifiant échelle), Higoumène (abbé) des moines du Sinaï (env. 580- 650), c'est-à-dire du couvent Sainte Catherine. Il fut reconnu pour son autorité spirituelle tant par l'Eglise d'Occident que par celle d'Orient et ce dès le moyen âge. La première traduction date de 1652, elle servit de base de travail pour l'article de Pierre Stables.

II.L'HESYCHIASME

L'auteur parle au sujet de l' « Hésychiasme », d'une technique qui ne consisterait pas uniquement en un procédé alliant prière et rythme respiratoire, en effet selon Pierre Stables l'âme, en plus, régit le corps. Il cherche l'argumentation de ce qu'il avance au sujet de "la prière du c½ur" dans les textes de Saint Jean Climaque.

Pour ma part j'ai cherché un peu et trouvé que: Le mot grec hésychia signifie tranquillité, paix, silence. L'hésychasme, selon le Larousse, est "une école de spiritualité fondée sur la contemplation et l'invocation réitérée du nom de Jésus". Effectivement, cette spiritualité est née chez les Pères du désert au quatrième siècle et s'est développée spécialement dans l'Église grecque. Un de ceux qui en ont le mieux parlé fut Grégoire Palamas (v.1296-1359) : d'abord moine au Mont Athos, puis archevêque de Thessalonique (1347-1359). Ceux qui adhéraient à cette spiritualité avaient été surnommés hésychastes.

Qui dit hésychasme dit : prière du c½ur, courte prière centrée sur le nom de Jésus : "Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi, pécheur", récitée au début oralement, puis mentalement, et enfin prononcée par le c½ur même, secrètement et sans cesse . Mais à quoi correspond ici le mot "c½ur" ? Le c½ur peut être considéré comme le centre de la vie du corps. On en parle aussi comme du centre de la vie intérieure, là où l'on pourrait, par grâce divine, "sentir les choses" en Dieu, en une grande douceur.
Les hésychastes aimaient bien la référence à "la lumière du matin de Pâques . . . la lumière qui éblouit Pierre, Jacques et Jean sur le Mont Thabor, quand le Christ est transfiguré". Ils n'oubliaient pas non plus la "guerre invisible" dont le c½ur est le terrain : ces "passions qui habitent le c½ur, l'esprit et le corps des êtres humains": gourmandise, luxure, avarice, tristesse, colère, acédie (déprime), vaine gloire, orgueil...

Il ya 30 degrés dans l'échelle de Saint-jean Climaque, correspondant à un chapitre, le premier traite du renoncement au monde. Voyons ce que Pierre Stables en dit...

III. LA SYMBOLIQUE BIBLIQUE

L'auteur de l'ouvrage fait référence à une notion traditionnelle du Christianisme Ancien et moderne, qui veut que l'âme reflète les étapes et les pérégrinations du peuple juif. De plus, si l'on en croit René Guénon, le Soi c'est la race Juive, et le Soi de tous les hommes est le Christ (même pour les non chrétiens). Ce double aspect est également symbolisé par l'aspect mental de l'être humain, qui est à la fois mâle c'est Adam, alors que l'aspect féminin (Eve) est la spiritualité. St Jean Climaque met en évidence dans quoi ce "Moi" est inséré et montre le chemin vertical pour rejoindre le Nouvel Adam, à savoir le Christ. Il utilise pour l'illustration des passages de la Bible comme la fuite d'Egypte du peuple juif, pour échapper à la Tyrannie de pharaon, mais qui ne peut se faire vers le "mieux" (c'est-à-dire vers Dieu), sans un médiateur (Moïse) qui va nous aider à passer la "mer Rouge" de nos passions... Pierre Stables conclut en disant que la psychologie de l'homme est à l'image du macrocosme divin, qui a induit une histoire spirituelle du salut (celle du peuple juif) et l'ensemble de tous les éléments psychiques de cette race.

IV. LA SYMBOLIQUE NON-BIBLIQUE

Toutefois de nombreuses interprétations sont faites par Arnauld d'Andilly qui signa la préface, dans une symbolique non biblique. Pierre Stables note que l'on y parle notamment de trois colonnes profondes qui sont la structure souterraine du fondement de l'édifice spirituel, et qui sont "la simplicité innocente", "le jeûne", et "la chasteté".

V. ETUDE DU FOND THEOLOQIQUE ET ASCETIQUE

L'une des grandes et nobles notions qui sont évoquées dans l'ouvrage, par l'auteur inconnu, sont la liberté de l'homme qui lui a été donnée par Dieu. D'autre part on y parle de salut pour tous les êtres pieux et surtout baptisés. En effet, le chrétien est différent du reste des "cherchants", car il imite Jésus-Christ et croit en la sainte Trinité. Au sujet de l'aspect ternaire de l'homme qui veut entrer dans les ordres, notons que ses caractéristiques psychologiques sont :

* L'espérance de la royauté future
* Le regret des fautes
* L'amour pur en Dieu.

VI. ETUDE DE LA METHODE

Lire ici le paragraphe 9 p17

La méthode prônée par saint Jean Climaque est de se faire violence, ce qui est impossible à certains.

Il est intéressant de noter les images utilisées, d'échelle, de colonne, etc... Ensuit que ce travail doit être fait individuellement, mais au sein d'un groupe (moines)...

Lire ici le paragraphe p18 : « La voie royale....désir » C'est comme cela que Saint Jean Climaque décrit la voie de la sagesse du solitaire sans exercices d'imagination, de respiration ou d'isolement. C'est sa définition à lui de "celui qui cherche".
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# Posté le vendredi 17 février 2006 12:20
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:37

Une loge de prisonniers de guerre : la paix désirée à l'orient de Sanguhar en écosse (de Jean Bossu) par Jacques F.

Une loge de prisonniers de guerre : la paix désirée à l'orient de Sanguhar en écosse (de Jean Bossu) par Jacques F.
Renaissance Traditionnelle N°3. p 211

Par l'approche de la loge « la paix désirée » à l'orient de Sanguhar, ce document vient confirmer et compléter des éléments sur les loges de prisonniers de guerre dans la période Bonapartiste, déjà abordés dans le 1er document.

1) confirmation de l'existence de loges de prisonniers de guerre en Angleterre ou elles disposent, grâce au cautionnement de prisonniers (engagement sur parole pour plus de liberté en étant toujours prisonniers) leur entière autonomie pour se constituer, fonctionner, et même essaimer, cas de cette loge « la paix désirée dissidente de celle de wincauton ». En France, par contre, il semblerait que les prisonniers anglais ne profitaient pas d'une aussi grande souplesse.

2) confirmation de cette force fraternelle qui amoindrit les souffrances de cette existence et qui permet, on le voit plus en détail dans ce document, de relier des frères éloignés auparavant par les attributs illusoires de la vie profane. On retrouve différentes nationalités : italiens, polonais, un natif de Guadeloupe, mais surtout des anglais, écossais et français qui n'ont ici que faire des oppositions passées ou présentes. Coexistence également de confessions religieuses aux rapports habituellement agités (luthériens, anglicans, et catholiques romains).

3) Un fonctionnement apparemment habituel avec un règlement, des travaux variés avec étude du rituel, des procédures de cooptation respectées, un temple décoré, et une bienfaisance active avec circulation du tronc des pauvres malgré les difficultés du contexte.

4) On découvre l'importance d'un rattachement obédientiel mis en avant par les correspondances avec le G.O. malgré son refus de faire parvenir des constitutions.

Malgré un éclectisme bien présent, cette loge est à elle seule l'emblème de la Maçonnerie, aussi bien par son nom « la paix désirée » que par ce qu'elle met en ½uvre. Elle arrive dans un contexte très agité à se distancer des folies humaines du moment pour rassembler et souffler un esprit meilleur.
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# Posté le vendredi 17 février 2006 12:29
Modifié le mardi 03 juillet 2007 03:58

Etudes Esotériques sur Saint Jean Climaque III (de Pierre Stables) par Dominique S.

Etudes Esotériques sur Saint Jean Climaque III (de Pierre Stables) par Dominique S.
Renaissance Traditionnelle N°6- Avril 1971. p 142. Tome II

III. Essai de commentaire sur l'Echelle Sainte ou les degrés pour monter au ciel composés par Saint-Jean Climaque, Abbé du monastère du Mont Sinaï et père de l'Eglise grecque

Diverses notions sont reprises du texte initial et développées par l'auteur Pierre Stables.

Tout d'abord, il reprend une notion très frappante chez Saint Jean Climaque et qui est :
la CONVERSION, au sens étymologique du mot, je suis donc allé gratter brièvement sur cette notion, et voici ce que j'ai trouvé. L'étymologie confère deux sens au mot conversio, le premier réfère à un changement de direction circulaire, un retournement, un retour à l'origine, à la vraie foi ; le second renvoie à une transformation complète, un changement vers le nouveau. La dualité de sens complexifie donc ce mot: la conversion consiste donc, non pas à créer un esprit parfait, mais à perfectionner l'âme existante, à l'amener à regarder dans une autre direction. La vertu dont on doit user dans ce chemin n'est autre que la PRUDENCE.

Ensuite c'est autour du symbole de la vie cachée, prônée par le Saint, que l'auteur développe le parallélisme avec le SECRET des sociétés initiatiques, à la différence que dans la sociétés initiatiques le travail s'effectue de manière discontinue, alors que le saint la recommande continue. Le SILENCE peut être commun aux deux mondes, mais la notion d'ascétisme ainsi que la pénitence sont propres au monde monastique. En fait il met en évidence le SALUT, que nous devons faire nous-même et pour nous-même. Le salut des autres ainsi que l'INSTRUCTION, nécessite d'avoir atteint un certain NIVEAU SUPERIEUR D'ELEVATION SPIRITUELLE.

Elément intéressant aussi pour ma part, le fait que l'état monastique, même sédentaire, soit comparé à un PELERINAGE, mais à un pèlerinage sans vagabondage de l'esprit. Peut-être, et c'est une notion décrite dans le paragraphe 10 de Saint-Jean Climaque, afin de ne pas crouler, par renversement, sous le poids des souffrances et des misères de ceux que l'on veut aider et secourir.

Plus surprenant est le fait que l'auteur inconnu, insiste sur le fait de ne POINT DEVOILER NOS ORIGINES DE RACE JUIVE SPIRITUELLE et primordiale, un peu comme ABRAHAM, qui a abandonné sa famille, sa langue et son peuple pour suivre Dieu. A la base des trois religions monothéistes, Abraham, représente le sacrifice personnel et le sacrifice accepté par la divinité. En fait, parenthèse toute personnelle, l'auteur développe la notion de Réparateur, que l'on trouve chez Martines de Pasqually et bien évidement manifestée par Jésus.

Les paragraphes 21 et 22 du livre, sont en rapport eux, avec le REVE, support de tentations, donc démoniaque, mais aussi intermédiaire "démono-angélique", puisque Dieu y passe par ses anges pour nous toucher. Ceci illustrant également une pensée Martinesienne de liberté de choix. De ces éléments de rêve, découle la notion cette fois d'IGNORANCE, une ignorance que je qualifierai de consciente, ignorance en regard de la puissance qui nous domine, mais dont on a comprends pleinement la réalité, tant par rapport à son existence que par sa puissance. Je cite : "Le père est inconnaissable, parce que transcendant, tandis que le Fils, le Saint-Esprit, les grâces sont connaissables".

Le véritable sens de l'ÉCHELLE DU PARADIS, est donc lié à un ravissement de l'âme dans la contemplation des choses divines, à l'interprétation mystique du sens littéral des écrits, grâce à l'humilité mais c'est aussi un type d'interprétation permettant de progresser du sens littéral, apparent ou immédiat à des niveaux symboliques de signification.
SAINT BENOIT pour sa part (ne serai-ce pas d'actualité que je dirai "papale" ?), avait lui aussi un descriptif de l'échelle sainte. On ne peut monter au ciel que par l'humilité, l'exaltation pour sa part faisant déchoir dans la géhenne.
GEHENNE : Ce mot est une légère corruption de l'hébreux Gehinnon ou vallée de Hinnom. La vallée ainsi nommée était située au sud de Jérusalem, près de la porte des Potiers. Là les Cananéens, et après eux les Hébreux, sacrifiaient des enfants à Moloch en les brûlant dans sa statue. Josias, roi de Juda, ayant renversé cet autel, voulut que l'endroit où il s'élevait devint le réceptacle des immondices de la ville : on y entretenait des feux perpétuels pour consumer les substances en putréfaction et empêcher les émanations délétères qui s'en seraient exhalées. Dès lors ce lieu reçut le nom de Topheth, qui signifie horreur, et la vallée de Géhinnon fut pour les Juifs l'emblème de l'enfer. C'est pour cela que le terme de Géhenne est souvent employé pour désigner le lieu auquel les méchants seront condamnés après leur mort.
Le monde d'en bas, le monde matériel est celui où doivent régner LA SENSIBILITE, L'INTELLIGENCE et LA VOLONTE, et dont l'absence et les diverses combinaisons ont des effets menant à cette géhenne, terrestre et limitée dans l'espace. A l'inverse, l'échelle vers le haut, mène vers l'infini, nous coupe du monde des formes. Le troisième et dernier degré atteint, est selon le saint, le sommet, car il achève la figure et le symbole de la Trinité. Pour ma part, je dirai que ces trois sentiments que sont l'intelligence, la volonté et la sensibilité qui, pervertis sur terre empêche de monter, mais qui sont le passeport pour l'élévation une fois canalisés, ne sont pas sans rappeler des notions de CHERCHANT (pour l'intelligence), PERSEVERANT (pour la volonté) et de SOUFFRANT (pour la sensibilité).
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# Posté le vendredi 17 février 2006 12:35
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:37

Incitation à la connaissance du compagnonnage V (de Gérard Lindien) par Patrick B.

Incitation à la connaissance du compagnonnage V (de Gérard Lindien) par Patrick B.
Renaissance Traditionnelle N°5. p44

Pour mieux comprendre la franc-maçonnerie, il n'est pas inutile d'étudier, de fouiller ce qu'il est possible de connaître du compagnonnage, ainsi que les thèses connues sur leurs liens, parenté, cousinage, filiation.

Les rares historiens du compagnonnage ont pratiquement admis, sans chercher plus, l'apparition vers le XII siècle, d'un devoir structuré (unique) correspondant à une organisation parfaite : le compagnonnage. Il connut cependant des scissions, conséquences d'évènements historiques.

Un devoir n'a jamais été la création soudaine et achevée de quelque génie médiéval mais, l'aboutissement d'une longue maturation.

Ainsi, au départ, vivace en Gaule, la société celte a elle-même 4 collèges d'oeuvriers. Ensuite, l'existence de corps de métiers est nécessaires (pour la guerre) ou pour palier aux besoins immédiats (constructions). Enfin, la vie continuant, avec ses nécessités mais aussi ces luxes fera perdurer ces techniques connues d'un minimum d'ouvriers qualifiés. Il paraît certain que des groupes d'entre eux ont été protégés, par le clergé des villes, par des couvents, par quelques puissants (clef de la maçonnerie de Charles Martel - Le - Mortellier).

Certains ouvriers demeurent statiques, d'autres deviennent plus mobiles en fonction des impératifs d'emplois.

En Provence, il devait y avoir une permanence de l'emploi de la pierre, terroir traditionnel de venue d'ouvriers tailleurs, par la vallée du Rhône.

Hors de ces îlots de la pierre, le reste du monde celto - germanique restait le royaume des bois.

La difficulté sera de réunir des Corps de Métiers existants autour de rites dans le but de créer un Devoir sur les schémas existants.

Il demeure outre, une tradition, quelque chose de triomphant chez ces enfants de Salomon, du Père indien, ainsi que des chiffres constants à savoir, de 1160 à 1344 la construction de 16.000 ouvrages religieux.

Les compagnons organisent dans le prolongement de leur rite (et rituels) ce qui nous laisse percevoir la notion d'Association de type obédientiel.


La pérégrination paraît être une constante de ces corps d'état, antérieure au devoir ;

A l'origine, les fondeurs étaient des ouvriers ambulants, les Sainctiers. Leur technique demeurera identique du VIII au XIVè siècle. Après cette date, on peut dire que le Secret technique sera perdu...

On sait que la fonte des cloches de Sainctiers exigeait 3 opérations principales dont la première en était le tracé, à l'aide d'un compas, lequel tracé était porté sur un parchemin.

En 1512 il y a interpénétration avec la maîtrise des horlogers, les fondeurs se font aider par un maître horloger, de même, qu'avec les serruriers et en 1609 avec les fondeurs de campanaires (art des carillons = 4 cloches).

Toutefois, dans l'autre devoir, les forgerons lors de la prise de tablier tailladaient celui-ci dans le bas (en l'honneur de Salomon).

N'oublions pas, non plus solidement maçonné dans la terre cuite, le moule d'argile durci au feu, et puis, de Tubalcaïn à Maître (Habif) Hiram, il demeure avant tout autre art la maîtrise de bronziers - forgerons.

L'assemblée de Strasbourg sera le point de départ et la création du Compagnonnage du Tour de France.

En 1469, les compagnons abandonneront « la signature » par les labyrinthes (symbole exclusivement opératif) pour la marque au compas (et l'équerre pour les premiers « accepté »).

Mais qu'était, en 1150, le devoir ?

La réunion de corps d'état (métiers) dont les ouvriers, outre de bénéficier des études et des connaissances techniques mises au point par les bénédictins, reçurent une règle. Trois points principaux pour la généralité d'entre eux :

- Ne travailler qu'au chantier de Dieu,

- S'engager à ne jamais verser le sang,

-La liberté de passage, avec la terrible phrase compréhensible de tous (à l'époque) : Noli me tangere : ne me touche pas, celle même dite par le Christ à Marie-Madeleine.
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# Posté le vendredi 17 février 2006 12:38
Modifié le dimanche 20 août 2006 07:34

Le Monde des Rites I (de Jean Tourniac) par Dominique S.

Le Monde des Rites I (de Jean Tourniac)  par Dominique S.
Renaissance Traditionnelle N°7-
Juillet 1971. p 199. Tome II

Jean Tourniac (1912-1995) de son vrai nom Jean Granger est un auteur très connu de la littérature maçonnique. Il a beaucoup étudié le Régime Ecossais Rectifié, mais selon une conception Guénonienne et donc assez différente de l'esprit de Jean Baptiste Willermoz. Il a notamment exposé les significations des rites, symboles et structures de la Franc-Maçonnerie à la lumière des sectes bibliques et liturgiques et des doctrines initiatiques et authentiques d'Orient et d'Occident. Il a aussi essayé de définir les possibilités d'un accord entre l'Eglise et la Franc-Maçonnerie, en fixant les règles au niveau le plus élevé, celui de la Connaissance Spirituelle et de la Compréhension Symbolique. On le retrouve à 6 reprises dans la revue Renaissance Traditionnelle (Tomes : II, III, VI, VII, VIII et IX).

En avant propos de ce discours, prononcé en 1970, Jean Tourniac, distingue la démarche maçonnique du monde profane. On ne vient pas y chercher des idées, que l'on trouve à foison dans le monde profane; on ne vient pas chercher des systèmes, dont regorgent les philosophies; pas plus que des distractions, car il y a mieux ailleurs; ni même des connaissances ou de la culture dont certains établissements sont eux, dépositaires. L'initiation maçonnique c'est l'"être", par rapport à un éventuel "avoir", que serait une somme de connaissance maçonnique.

Toutefois, l'illustration de ce qui différencie l'ésotérisme de l'exotérisme, de ce qui sépare l'intériorité de l'extériorité spirituelle, c'est exactement ce qui distingue la maçonnerie d'un association fraternelle, et qui en fait un ordre initiatique et sacré, c'est le RITE. Influencé comme nous l'avons dit par l'oeuvre de René Guénon, l'auteur distingue deux définitions du mot rite en Maçonnerie. Tout d'abord le rite en tant que système, et en tant que voie de l'Ordre (R.E.R, R.E.A.A, R.A.S.E), et d'autre part le rite en tant que technique du corps, agissant sur l'âme et l'esprit. L'étude qui va suivre porte sur cette dernière définition car elle sous-tend la première, elle est commune à tous les systèmes maçonniques et que de toute façon "rita" en sanscrit signifie... Ordre. La première partie de l'analyse consiste à définir quel est le rapport entre l'initiation, réception au long d'une chaîne de transmission au fil des générations, et le rite.

I. LE RITE & LE LIEN TRADITIONNEL

A l'inverse de la cérémonie, qui relève d'un coté improvisé, lié à l'humain et au provisoire, voire de la coutume qui ne possède pas ses exigences, le rite lui, est un acte parfaitement défini au point de vue technique et invariable dans le temps. De plus c'est le rite qui donne le côté sacré de toute cérémonie, il relie l'homme à ce qui le dépasse, au supra humain, toutefois malgré les similitudes, il ne faut l'assimiler à une religion, bien que certaines pratiques soient placées sous des dominantes de cosmogonie , métaphysique ou de théologie. On peut aussi distinguer les rites sacrés collectifs, des rites individuels. Enfin notons que l'on retrouve le rite, dans l'exercice de certaines sciences traditionnelles secondaires telles que la sorcellerie, et le chamanisme.

Le rite prend son origine avant le temps, par un acte issu du Principe Divin, ce qui lui confère son aspect vertical, et relie dans le plan horizontal, les hommes entre eux, cette relation verticalité/horizontalité qualifiant la fraternité humaine traditionnelle dont découle la fraternité maçonnique. En conséquence, il ne peut y avoir d'axe vertical sans axe horizontal c'est-à-dire pas d'Ordre, pas de maçonnerie sans la doctrine du rituel. De même se polariser sur le rituel seul, sans l'application caritative de l'Ordre, signerait la mort du système. D'un point de vue symbolique, le sommet de l'axe vertical rejoint les 2 extrémités de l'axe horizontal, ce sont les 2 côtés du triangle, et il en coupe la base en son milieu. Voici donc ici, mêlés symbolisme de la croix et enseignement de l'équerre.

Les écrits du Maharal illustrent ce propos, ils montrent que la Création entière est sous le signe de la cassure et de la dualité, à l'image de la Genèse débutant par la lettre "Beth", qui est un signe de dualité. Lui aussi décrit un côté Divin vertical et un côté humain horizontal. Il démontre qu'entre les 2 axes, existe une articulation, une diagonale, un médiateur, qui est le rituel, il est même l'instrument du pacte d'alliance entre le Principe créateur et l'homme. C'est ce que l'on retrouve en maçonnerie symbolisé par le fil à plomb, le niveau et l'articulation qui est l'équerre. L'amour fraternel y prend alors la valeur de la diagonale

Dernière illustration, la vie. Linéaire et horizontale du début, la naissance, à la fin, la mort, elle rencontre à ses deux extrémités, la verticalité, et le face à face avec le Principe Eternel.

II. LA NATURE DU RITE

Nous l'avons dit, le rite connecte au "tout", il universalise en unifiant. Mais également, il informe l'être de manière subtile. C'est ce qui justifie la nécessité d'une rigueur technique, la transmission permet un éveil désormais irréversible et une prise de "surconscience", à l'instar du yoga, de l'hindouisme et du tantrisme. Le rite ne permet donc pas uniquement un développement personnel d'un point de vue mental, discursif, dialectique, etc... Mais créé le lien avec l'homme Universel, intégral, originel, c'est-à-dire l'Adam Primordial.

L'un des vecteurs de la réalisation du rite est le corps, il a une grande importance, nous le voyons, dans les signes, les attouchements, les pas, les postures, mais aussi dans d'autres pratiques, par les danses, les inclinaisons, les génuflexions, etc... En effet, le rituel mobilise les trois zones humaines corps, âme, esprit, de manière équilibrée, l'action sur une zone, se répercutant sur les autres. Ceci se matérialise dans la maçonnerie, par un symbolisme lié à l'exercice du métier, à la maçonnerie opérative, qui opère techniquement mais aussi spirituellement. Notons ici, les notions de rythme ou d'axe mécanique, chers au monde de l'initiation et qui l'en distingue du mysticisme.

III. RITE INITIATIQUES ET MYSTICISME

Mysticisme et Initiation ont en commun une direction vers le Principe divin et une vision eschatologique de l'Univers. Toutefois la différence se fait en considérant que les doctrines initiatiques partent du principe d'une connaissance centrale, qui elle, induit les traditions et les religions qui en découlent. Le rite ne nie pas la religion, mais présente une acceptation plus mathématique, plus scientifique et moi sentimentale.

Récapitulons le principe global du rite, sa transmission verticale est intemporelle, du supra humain, dans un lieu unique punctiforme, voire édénique, vers l'humain collectif terrestre, la transmission horizontale passe par les étapes successives chronologiques de cette collectivité humaine. A l'inverse du mysticisme, l'initiation use via le rite, d'une méthode et d'une doctrine. Le rite est de nature passive, existentielle et originelle. Le mysticisme, plus actif, agissant sur l'être avec stratégie et tactique.
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# Posté le vendredi 17 février 2006 12:42
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:37