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Le Monde des Rites I (de Jean Tourniac) par Dominique S.

Le Monde des Rites I (de Jean Tourniac)  par Dominique S.
Renaissance Traditionnelle N°7-
Juillet 1971. p 199. Tome II

Jean Tourniac (1912-1995) de son vrai nom Jean Granger est un auteur très connu de la littérature maçonnique. Il a beaucoup étudié le Régime Ecossais Rectifié, mais selon une conception Guénonienne et donc assez différente de l'esprit de Jean Baptiste Willermoz. Il a notamment exposé les significations des rites, symboles et structures de la Franc-Maçonnerie à la lumière des sectes bibliques et liturgiques et des doctrines initiatiques et authentiques d'Orient et d'Occident. Il a aussi essayé de définir les possibilités d'un accord entre l'Eglise et la Franc-Maçonnerie, en fixant les règles au niveau le plus élevé, celui de la Connaissance Spirituelle et de la Compréhension Symbolique. On le retrouve à 6 reprises dans la revue Renaissance Traditionnelle (Tomes : II, III, VI, VII, VIII et IX).

En avant propos de ce discours, prononcé en 1970, Jean Tourniac, distingue la démarche maçonnique du monde profane. On ne vient pas y chercher des idées, que l'on trouve à foison dans le monde profane; on ne vient pas chercher des systèmes, dont regorgent les philosophies; pas plus que des distractions, car il y a mieux ailleurs; ni même des connaissances ou de la culture dont certains établissements sont eux, dépositaires. L'initiation maçonnique c'est l'"être", par rapport à un éventuel "avoir", que serait une somme de connaissance maçonnique.

Toutefois, l'illustration de ce qui différencie l'ésotérisme de l'exotérisme, de ce qui sépare l'intériorité de l'extériorité spirituelle, c'est exactement ce qui distingue la maçonnerie d'un association fraternelle, et qui en fait un ordre initiatique et sacré, c'est le RITE. Influencé comme nous l'avons dit par l'oeuvre de René Guénon, l'auteur distingue deux définitions du mot rite en Maçonnerie. Tout d'abord le rite en tant que système, et en tant que voie de l'Ordre (R.E.R, R.E.A.A, R.A.S.E), et d'autre part le rite en tant que technique du corps, agissant sur l'âme et l'esprit. L'étude qui va suivre porte sur cette dernière définition car elle sous-tend la première, elle est commune à tous les systèmes maçonniques et que de toute façon "rita" en sanscrit signifie... Ordre. La première partie de l'analyse consiste à définir quel est le rapport entre l'initiation, réception au long d'une chaîne de transmission au fil des générations, et le rite.

I. LE RITE & LE LIEN TRADITIONNEL

A l'inverse de la cérémonie, qui relève d'un coté improvisé, lié à l'humain et au provisoire, voire de la coutume qui ne possède pas ses exigences, le rite lui, est un acte parfaitement défini au point de vue technique et invariable dans le temps. De plus c'est le rite qui donne le côté sacré de toute cérémonie, il relie l'homme à ce qui le dépasse, au supra humain, toutefois malgré les similitudes, il ne faut l'assimiler à une religion, bien que certaines pratiques soient placées sous des dominantes de cosmogonie , métaphysique ou de théologie. On peut aussi distinguer les rites sacrés collectifs, des rites individuels. Enfin notons que l'on retrouve le rite, dans l'exercice de certaines sciences traditionnelles secondaires telles que la sorcellerie, et le chamanisme.

Le rite prend son origine avant le temps, par un acte issu du Principe Divin, ce qui lui confère son aspect vertical, et relie dans le plan horizontal, les hommes entre eux, cette relation verticalité/horizontalité qualifiant la fraternité humaine traditionnelle dont découle la fraternité maçonnique. En conséquence, il ne peut y avoir d'axe vertical sans axe horizontal c'est-à-dire pas d'Ordre, pas de maçonnerie sans la doctrine du rituel. De même se polariser sur le rituel seul, sans l'application caritative de l'Ordre, signerait la mort du système. D'un point de vue symbolique, le sommet de l'axe vertical rejoint les 2 extrémités de l'axe horizontal, ce sont les 2 côtés du triangle, et il en coupe la base en son milieu. Voici donc ici, mêlés symbolisme de la croix et enseignement de l'équerre.

Les écrits du Maharal illustrent ce propos, ils montrent que la Création entière est sous le signe de la cassure et de la dualité, à l'image de la Genèse débutant par la lettre "Beth", qui est un signe de dualité. Lui aussi décrit un côté Divin vertical et un côté humain horizontal. Il démontre qu'entre les 2 axes, existe une articulation, une diagonale, un médiateur, qui est le rituel, il est même l'instrument du pacte d'alliance entre le Principe créateur et l'homme. C'est ce que l'on retrouve en maçonnerie symbolisé par le fil à plomb, le niveau et l'articulation qui est l'équerre. L'amour fraternel y prend alors la valeur de la diagonale

Dernière illustration, la vie. Linéaire et horizontale du début, la naissance, à la fin, la mort, elle rencontre à ses deux extrémités, la verticalité, et le face à face avec le Principe Eternel.

II. LA NATURE DU RITE

Nous l'avons dit, le rite connecte au "tout", il universalise en unifiant. Mais également, il informe l'être de manière subtile. C'est ce qui justifie la nécessité d'une rigueur technique, la transmission permet un éveil désormais irréversible et une prise de "surconscience", à l'instar du yoga, de l'hindouisme et du tantrisme. Le rite ne permet donc pas uniquement un développement personnel d'un point de vue mental, discursif, dialectique, etc... Mais créé le lien avec l'homme Universel, intégral, originel, c'est-à-dire l'Adam Primordial.

L'un des vecteurs de la réalisation du rite est le corps, il a une grande importance, nous le voyons, dans les signes, les attouchements, les pas, les postures, mais aussi dans d'autres pratiques, par les danses, les inclinaisons, les génuflexions, etc... En effet, le rituel mobilise les trois zones humaines corps, âme, esprit, de manière équilibrée, l'action sur une zone, se répercutant sur les autres. Ceci se matérialise dans la maçonnerie, par un symbolisme lié à l'exercice du métier, à la maçonnerie opérative, qui opère techniquement mais aussi spirituellement. Notons ici, les notions de rythme ou d'axe mécanique, chers au monde de l'initiation et qui l'en distingue du mysticisme.

III. RITE INITIATIQUES ET MYSTICISME

Mysticisme et Initiation ont en commun une direction vers le Principe divin et une vision eschatologique de l'Univers. Toutefois la différence se fait en considérant que les doctrines initiatiques partent du principe d'une connaissance centrale, qui elle, induit les traditions et les religions qui en découlent. Le rite ne nie pas la religion, mais présente une acceptation plus mathématique, plus scientifique et moi sentimentale.

Récapitulons le principe global du rite, sa transmission verticale est intemporelle, du supra humain, dans un lieu unique punctiforme, voire édénique, vers l'humain collectif terrestre, la transmission horizontale passe par les étapes successives chronologiques de cette collectivité humaine. A l'inverse du mysticisme, l'initiation use via le rite, d'une méthode et d'une doctrine. Le rite est de nature passive, existentielle et originelle. Le mysticisme, plus actif, agissant sur l'être avec stratégie et tactique.
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# Posté le vendredi 17 février 2006 12:42
Modifié le vendredi 07 décembre 2007 07:37

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