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Tableau des frères de la respectable loge l'Espérance à l'orient de Chesterfield (Angleterre) 1810-1812 (loge de prisonniers de guerre français) par Jacques F.

Tableau des frères de la respectable loge l'Espérance à l'orient de Chesterfield (Angleterre) 1810-1812 (loge de prisonniers de guerre français) par Jacques F.
Renaissance Traditionnelle N°2 p143

Ce document répertorie tous les frères qui entre 1810 et 1812 ont constitué la respectable loge « L'espérance » à l'Orient de Chesterfield en Angleterre.
Cette loge a la particularité d'être une loge de prisonniers de guerre qui se réunissent et ouvrent les travaux tout en étant en captivité.
On compte au moins 41 membres originaires de différents coins de toute la France, ils sont tous militaires excepté deux consuls de France en Espagne et un commis négociant.

Le complément du titre entre parenthèses ne semble pas tout à fait approprié car il parle de prisonniers de guerre français alors qu' un polonais figure parmi les membres.

En 1810, date du document donc, Napoléon est à la tête de l'empire français, sacré empereur le 2 décembre 1804 par le pape Pie VII.
La France et l'Angleterre sont une nouvelle fois en guerre rallumée sur la question de Malte que les deux camps se disputent.
Les prisonniers français en Angleterre sont nombreux. Comme il n'y a plus de place dans les prisons terrestres, les anglais se servent d'anciens vaisseaux désarmés (les pontons anglais ou hulks) pour séquestrer pêle-mêle soldats, marins de la royale ou du commerce, corsaires, etc....
Les conditions de vie étaient abominables dans une promiscuité inouïe, sans hygiène ou les odeurs étaient pestilentielles et avec une nourriture infecte.

Même si rien dans le tableau des frères ne semble nous l'indiquer, la bibliographie citée en marge du document nous laisse penser que cette loge se tenait dans ce milieu hostile.
Les documents se rapportant aux loges de prisonniers de guerre sur les pontons sont rares ou ne font l'objet que de passages brefs dans des écrits au sujet plus généraliste.
Une page sur Internet fait référence à une même loge « l'espérance » qui alluma ses feux en rade de Chatham sur le ponton Sampson. Ses constitutions étaient calquées sur celles de la loge « la Parfaite Union » de Calais. Ce même document dit qu'on pourrait croire que selon les circonstances, le rituel s'appliquait avec relâchement mais bien au contraire les règlements et la constitution étaient, même en détention, suivis à la lettre, notamment ce qui concerne le recrutement et la discipline qui d'ailleurs voulait qu'on sanctionne l'absentéisme, peut-être plus sévèrement qu'aujourd'hui. Les travaux se déroulaient à la gloire du grand architecte de l'univers mais les serments étaient prêtés sur les constitutions et non pas sur la bible.

Emus par les terribles conditions de détention de leur frères français, les francs-maçons anglais leur sont venus en aide et les ont même reçus chez eux à titre privé, ou accueilli dans leur loge comme visiteurs. Beaucoup profitant même, parait-il, de l'occasion pour s'évader. Ce contre quoi Fouché ne trouva d'autre solution que d'interdire, si illusoire soit-il, les rencontres francs-maçons anglais et français.
Dans ce lieu de captivité apparaissant comme le plus dur et le plus destructif pour l'humain, on peut imaginer les bienfaits et le répit que les tenues pouvaient procurer ainsi que la force et la portée de la Fraternité.

En ce qui concerne précisément le document de R. T., d'après les offices mentionnés comme l'expert, l'hospitalier et le couvreur peut-être que la loge en question travaille au R.E.A.A. avec en plus des offices que je ne connaissais pas comme l'Architecte, l'Ordonnateur des banquets et Garde des archives, le Correspondant général, le Garde des sceaux et timbre, ainsi que la présence d'un frère annoncé comme frère servant.
Il me parait important de souligner également la spécificité des mots annuels maçonniques (1807 – Napoléon et confiance. 1808-Perpétuité et Empire. 1809- Triomphe reconnoissance) qui reflète d'une part l'imprégnation politique des loges à cette époque que ce soit par conviction ou simple souci de survie, mais aussi la personnalité particulière de Napoléon qui a su se rendre populaire notamment par un pouvoir centralisé, despotique, tout entier ordonné autour de sa personne. C'est d'ailleurs plus par opportunisme politique que par conviction morale qu'il protège la Maçonnerie.
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# Posté le vendredi 17 février 2006 13:22
Modifié le mardi 03 juillet 2007 03:58

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