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Stanislas de Guïata et ses amis (de Françoise Ligneris) résumé par Maria Isabel L.

Stanislas de Guïata et ses amis (de Françoise Ligneris) résumé par Maria Isabel L.
Renaissance Traditionnelle N°15 Tome IV juillet 1973 p 195

Dans le numéro précédent, nous avons annoncé les différents courants qui ont influencé Stanislas de Guaïta et la naissance des mouvements ésotériques dont sont issus ses amis.

Faisons connaissance tout d'abord de l'abbé Roca dont les idées originales sur le christianisme avaient séduit Guaïta devenant son ami comme celui de Papus.

Pour ce prêtre, l'humanité avait atteint un niveau de maturité suffisant pour pouvoir s'émanciper par la science. Les idées qu'il véhiculait sur le catholicisme s'écartaient des principes édictés par le clergé et il désirait donner une autre dimension à l'enseignement du catholicisme. L'abbé Roca avait une vision du christianisme qui le conduisait à dépasser la recherche spirituelle individuelle pour privilégier le collectif. Le Christ "tout en les pénétrant, planait au-dessus des individualités humaines qu'il devait rassembler ». Les finalités sociales du christianisme, selon lui, n'étaient pas encore comprises par la société. Le christianisme devait s'adapter aux besoins des hommes enfin matures. C'est dans cet état d'esprit qu'il s'est rapproché de la Maçonnerie dont les idées lui paraissaient proches des paroles évangéliques afin de rapprocher les maçons et les catholiques.

Le clergé catholique devait également s'adapter. L'abbé Roca dans son ouvrage « la fin de l'ancien monde » soulignait la nécessité de recourir à la science au lieu d'en avoir peur et de rechercher le mystère social de la Rédemption afin que la justice soit sur terre et non dans les cieux.

Guaïta appréciait l'abbé Roca pour son génie et son grand c½ur. Dans une lettre à Péladan, un de ses chers amis, il lui confiait avoir été le témoin du refus catégorique de l'abbé Roca, de prendre la direction d'un Evéché afin de pouvoir s'exprimer selon sa conscience de saint et de savant.
Guaïta adhérait aux idées de l'abbé Roca d'autant plus qu'il n'appréciait guère le clergé catholique. Il le qualifiait de ignare, lâche, impuissant et imbécile mais restait néanmoins respectueux envers le Pape Léon XIII qui était doté d'une grande intelligence. Il reprochait surtout à l'église d'enseigner l'exotérisme agnostique.

Les idées sociales de l'abbé Roca ne pouvaient être acceptées par l'Eglise de l'époque encore imperméable à de telles idées. En 1889, elle pointait du doigt ses écrits qui ne pouvaient que troubler les croyants. Ainsi, l'évêque de Perpignan, le suspendit après que l'abbé Roca ait refusé de se rétracter.

L'abbé Roca mourut en 1893 presque aveugle. Ce personnage trop en avance sur son temps annonce en bien des points deux prêtres modernes : le Père Teilhard de Chardin (1881-1955) qui prônait un rapprochement entre l'Eglise et la science et proposait une interprétation de la bible à la lumière de la science; Et le père Riquet (1898-1993) qui dédia sa vie à rassembler les hommes et qui afficha des positions controversées comme la réconciliation entre chrétiens, juifs et musulmans et le rapprochement entre catholiques et francs-maçons.

L'abbé Roca connaissait Wirth (1860-1943), un jeune magnétiseur inscrit à la Société Magnétique de France où il avait rencontré Jules Denis alias baron du Potet (1796-1881). C'est par l'intermédiaire de l'abbé Roca que Wirth rencontra Guaïta en 1887 dont il venait de lire « Au seuil du Mystère » (1886). Il devint son secrétaire et son ami.

Wirth était maçon depuis le 26 janvier 1884. Il étudiait le tarot et Guaïta le guida dans son oeuvre . Il publia en 1890, le « Tarot kabbalistique » et le « Tarot des Imagiers du Moyen-âge » qui ne paraîtra qu'en 1927. Il écrira « (...) l'entrée en relation avec Stanislas de Guaita devint pour moi un événement capital. Il fit de moi son ami, son secrétaire, et son collaborateur. Sa bibliothèque fut à ma disposition, et, bénéficiant de sa conversation, j'eus en lui un professeur de Kabbale, de haute métaphysique, autant que de langue française. Guaita prit la peine de me former le style, de me dégrossir littérairement (...) je lui dois d'écrire lisiblement ». (Dédicace au Tarot des imagiers du moyen âge). La documentation qu'il rassembla durant des années fut malheureusement détruite par les allemands durant l'occupation.

Oswald Wirth nous laisse une biographie de Guaïta très riche et dans laquelle on découvre que Wirth est un homme de bonne foi et d'une probité intellectuelle certaine.

Il joua un rôle dans l'affaire du Carmel de Vintras. Wirth rencontra en 1885, par l'entremise d'une amie, un prêtre aux m½urs douteux qui évoluait dans les milieux théosophiques, spirites et signait ses lettres du pseudonyme Elis ou Jean-Baptiste. Alerté par les propos de son amie dévouée à l'abbé Boullan et de ceux de Boullan dans les quelques lettres qu'ils s'échangèrent, Wirth, décida d'une part, de ramener à la raison son amie et d'autre part, d'amener ce prêtre à se trahir en se faisant passer pour un futur adepte. C'est au bout de quinze mois d'échanges de lettres et de rencontres, que Wirth eut la preuve des agissements peu recommandables de cet abbé. Il informa alors Stanislas de Guaïta des pratiques du Carmel.

Ce prêtre prétendait rénover la religion en s'appuyant sur l'½uvre du Carmel de Vintras fondé par Michel Strathanaël alias Eugène Vintras. Ce dernier, ouvrier cantonnier de Tilly-sur-Seules était visité par la grâce et faisait d'étonnantes prédictions semant le trouble et l'émotion dans les paroisses.

Stanislas de Guaïta rapporte qu'il possédait un pouvoir hallucinatoire
incontestable. Autour de lui, il y avait comme « un véritable tourbillon de folie entraînant tout : hommes, bêtes, jusqu'aux choses inanimées ; déracinant les convictions les plus affermies, affolant les plus belles intelligences, faisant dévier de la foi catholique les docteurs les plus austères et les plus éprouvés ! ». Tourbillon qui entraîna également l'abbé Roca, sensible à la puissance et la profondeur d'intuition de ce prêtre tout en rejetant les dogmes véhiculés. Il en était si convaincu qu'il demanda à Guaïta de lui confirmer si Eliphas Levi maintenait son jugement critique vis-à-vis de ce mage. La doctrine véhiculée par Vintras était la régénération spirituelle par la liberté sexuelle. Ainsi, la rédemption, individuelle et collective, consistait en des actes d'amour accomplis religieusement. Ce fondateur de l'½uvre de la Miséricorde fut condamné pour escroquerie à cinq ans de prison le 20 août 1842 et son ½uvre fut dénoncée par Pie IX en 1851 comme étant une secte.

Guaïta reçut donc l'abbé Boullan sur la demande de Wirth. « Filandreux et vague, parabolique et dévot, souvent énigmatique et toujours diffus » tels étaient les propos de Guaïta pour décrire ce personnage qu'il avait admiré quelques temps auparavant. Afin d'avoir une idée plus précise des activités de cet abbé qui se présentait comme un kabbaliste, il demanda à Wirth d'étudier la doctrine et les agissements de cet abbé. Guaïta retranscrira ses agissements sous le pseudonyme du Docteur Baptiste, dans le « Serpent de la Genèse » au chapitre « Modernes avatars du sorcier » dans lequel il dénonce les charlatans et les sorciers de son temps.

L'abbé Boullan (1824-1893) ordonné prêtre en 1848 fréquente assidûment les milieux esotériques et mystiques. Il rencontre Adèle Chevalier, religieuse converse belge du couvent Saint-Thomas-de-Villeneuve à Soissons. Elle était connue dans les milieux ecclésiastiques pour avoir recouvré la vue miraculeusement et ses prédictions attiraient de nombreux fidèles. Huyssmans (1848-1907) un jeune écrivain passionné d'occultisme et de satanisme, ami de l'abbé Boullan, rapporte que ce dernier convaincu du miracle alla à Rome pour présenter ce miracle tout comme celui concernant Marie Roche. Celle-ci lui avait été confiée par l'Evêque de Rodez et prétendait aussi recevoir des messages divins qui intéressaient l'Europe. La plupart de ses messages s'adressaient au pape, à l'empereur des français et elle prédisait des décès violents si on ne tenait pas compte de ses prophéties. Elle fut admise auprès du pape.

A son retour de Rome, l'abbé Boullan devient le directeur de conscience de la s½ur Adèle Chevalier, et c'est ensemble qu'ils décident de consacrer leur vie à l'action réparatrice. Le prêtre créa l'Ordre « L'½uvre de la réparation des âmes » en 1859 sous la direction d'Adèle Chevalier qui disait en avoir reçu l'ordre de la Vierge Marie. Mais le couple fait rapidement scandale. L'abbé officiait tandis que Adèle nue s'offrait sur l'autel et des pratiques de satanisme étaient dénoncées. Ils furent condamnés en 1861 par un tribunal civil à trois années d'emprisonnement pour escroquerie.

Après avoir obtenu l'absolution par Rome qui ne voulait pas de remous au sein de l'Eglise, l'abbé Boullan crée en 1869, l'Oeuvre de Marie, destinée à combattre la décadence de la Foi et la propagation de la magie noire. Il fréquente alors des mages noirs au sein des sociétés secrètes, des médiums et des voyants. Mais un décret de Rome est publié qui le chasse définitivement de l'Eglise. C'est à cette époque qu'il rencontre Vintras. Huyssmans relatera que « Vintras a laissé une réputation discutée et troublante; mais ceux qui l'ont connu peuvent témoigner de la sainteté de sa vie ». C'est après le décès de Vintras que l'abbé Boullan se proclame fils spirituel de Vintras.

La doctrine que l'abbé Boullan diffuse est l'ascension rédemptrice des Etres. Guaïta raconte que "le Docteur Baptiste et ses fidèles s'unissent d'amour sur tous les plans et avec les êtres de toute hiérarchie : 1° avec les esprits supérieurs et les élus de la terre pour « se célestifier », acquérir soi-même des vertus et ascensionner individuellement; 2° avec les profanes et les esprits inférieurs, élémentaires et animaux, à cette fin de "célestifier" ces pauvres natures déchues, de les faire participantes des vertus acquises, enfin de leur faire gravir, degré par degré, l'échelle ascendante de la vie". Hors des unions point de salut La doctrine propose donc deux voies, l'union de sagesse avec les esprits supérieurs et l'union de charité pour les Etres de nature inférieure. Dès lors, le droit de procréation devient l'axe central. Cette doctrine religieuse et sexuelle provoqua la colère de Stanislas de Guaïta qui écrira dans le Serpent de la Genèse « Voilà donc la base dogmatique de cette religion, dont le temple apparaît un lupanar sacré, et dont la croix rédemptrice s'érige en lingam de chair ».

C'est à la suite de ces pratiques que Stanislas de Guaïta réunit un tribunal d'honneur pour condamner ce soi-disant mage. Il fonde ainsi en 1887 l'Ordre Kabbalistique de la Rose Croix avec pour mission de combattre les pratiques obscures et les faux mages en les dénonçant publiquement. Il devient le président du conseil des Douze parmi lesquels on retrouve Péladan, Papus, Sédir, Wirth, Barlet et Michelet. Guaïta adressera une lettre à l'abbé Boullan dont les termes sont sans équivoque : "Les initiés véritables ne sauraient souffrir plus longtemps que vous profaniez la Kabbale en vous disant Kabbaliste et en mêlant les ordures de votre imagination dévergondée aux hautes doctrines des maîtres de la Sagesse". Cette lettre avait pour but de faire cesser ses agissements faute de quoi, ils feraient l'objet d'une publication.
Désormais, une lutte occulte s'engage et on assiste à un véritable duel de mages durant quelques années. Boullan accuse l'Ordre Kabbalistique de la Rose Croix de vouloir l'empoisonner par des philtres que lui adressaient Guaïta et ses amis. Mais Guaïta n'utilisa jamais de tels procédés qui étaient contraires à son éthique. » . Ce n'est qu'en 1891, que l'Ordre Kabbalistique de la Rose Croix exécute la condamnation après quatre ans d'enquête, lors de la parution du "Serpent de la Genèse" dans lequel il dévoile la doctrine du Carmel de Vintras, documents à l'appui.
Huyssmans, alors sous-chef de bureau à la Sureté Générale, cherche à connaître l'identité du Docteur Baptiste auprès de Oswald Wirth afin de compléter sa documentation. Il rencontre l'abbé Boullan ravi d'avoir un auditeur de marque et auteur de "A rebours" et à qui il explique en détail sa doctrine et les persécutions dont il fait l'objet. Huyssmans publie en 1891 "La-bas" dans lequel il présente le Docteur Johannès, pseudonyme de l'abbé Boullan, sous des traits extrêmement flatteurs et menacé par des occultistes de la Rose-Croix qui pratiquent la magie noire. Nul doute que Huyssmans était sous l'influence de l'abbé Boullan. Celui-ci en le documentant avait renversé les rôles et mis sur le compte des occultistes ses propres pratiques démoniaques. Huysmans prend le parti de son ami Boullan et à son tour, accuse Guaïta d'envouter à distance l'abbé et pour accréditer ses dires, il raconte avoir été en danger de mort sans l'intervention de son ami Boullan lors de la parution de son ouvrage « Là-bas ». Il sentait de curieux fluides sur son crâne.
Boullan meurt subitement le 4 janvier 1893 et Huysmans s'interroge sur la culpabilité de Guaïta. Quant à Jules Bois, un journaliste parisien féru de satanisme, rédige des articles diffamants à l'encontre de Guaïta et Papus dans le Figaro et Gil Blas. La rumeur circule sur le Grand Maître des Rose-Croix qui empoisonne à distance un vieux prêtre. La domestique de Guaïta est interrogée et révèle l'existence d'un placard toujours fermé à clé et qui lui était interdit d'ouvrir. En fait, des produits destinés à des expériences chimiques étaient rangés sous clé par sécurité. La rumeur s'amplifia et colporta que Guaïta cachait un homoncule chargé de procéder à des pratiques occultes. Excédés, Guaïta et Papus provoquent alors Jules Bois en duel. Guaïta et Bois s'affrontent au pistolet. Aucun des deux n'est blessé. Puis Papus et Bois se mesurent à l'épée. Ce dernier s'en tire avec une légère blessure au bras.

Papus, de son vrai nom Gérard d'Encausse était l'un des meilleurs amis de Guaïta.........Mais ceci est une autre histoire...à suivre.
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# Posté le samedi 02 décembre 2006 11:35
Modifié le samedi 06 octobre 2007 08:15

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