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« Liberté, Égalité, Fraternité » II. La Devise républicaine et la Franc-Maçonnerie (de Robert Amadou) résumé par Alain G.

« Liberté, Égalité, Fraternité » II. La Devise républicaine et la Franc-Maçonnerie (de Robert Amadou) résumé par Alain G.
Renaissance Traditionnelle N°19/20- Juillet/Octobre 1974. p 119 – Tome V

Avant 1849, la franc-maçonnerie n'a pas eu pour devise « Liberté, Egalité, Fraternité » ;
Jusqu'en 1848, elle n'a pas prétendue le contraire. La franc-maçonnerie n'a donc pas donné cette devise toute faite à la révolution.

Dès sa première proclamation, lancée le 24 février 1848, le Gouvernement provisoire invoque notre trilogie. Le lendemain, la république est instaurée et, deux jours plus tard, les trois mots en deviennent la devise. Il en ira toujours ainsi désormais sous la IIe, la IIIe, la IVe, et la Ve république.

Peu après, entre la franc-maçonnerie, le 6 mars 1848, en effet, une députation du Grand Orient se rend à l'Hôtel de Ville. Le Frère Bertrand la conduit, il y revendique à l'avantage de la maçonnerie, et avec effet rétroactif ! la nouvelle devise républicaine : « La francs maçonnerie ont porté de tout temps sur leur bannière ces mots : Liberté, Egalité, Fraternité.

Adolphe Crémieux, franc-maçon lui-même, répondit ainsi à ce passage : dans tous les temps, dans toutes les circonstances, sous l'oppression de la pensée comme dans la tyrannie du pouvoir, la maçonnerie a répété sans cesse ces mots sublimes : liberté, égalité, fraternité.

Un autre discours, en la même période, tend à situer dans la tradition maçonnique l'origine de la devise adoptée par le gouvernement provisoire. C'est Jules Barbier qui, menant à son tour à l'Hôtel de Ville une députation des loges de Paris, s'écrit : Nous saluons des acclamations les plus vives le gouvernement républicain qui a inscrit sur la bannière de la France cette triple devise qui fut toujours celle de la maçonnerie : Liberté, Egalité, Fraternité.

Lamartine - Et pourtant : "Je ne suis pas franc-maçon", dit-il d'abord –
Lamartine ne contrarie pas cette contre vérité littérale.

En 1848, déplorait Karl Marx, « la guerre sociale n'avait encore qu'une réalité nébuleuse, la valeur d'une phrase, d'un mot ».

Or, explique Maxime Leroy qui cite ce texte, « le mot auquel pense Karl Marx, c'est le mot fraternité » mainte secte s'était organisée, de la société des droits de l'homme à celle des familles, de groupes socialistes phalanstères, des chapelles aux sociétés secrètes. A partir de 1848, "ces sociétés discutaient et faisaient discuter librement leurs dogmes". Or souligne Lamartine "ces dogmes dont le principe était une fraternité chimérique réalisée sur la terre, tendaient tous à la suppression de la propriété individuelle".

George Sand disait "communisme". D'autres disaient, sans aller plus qu'elle au fond des choses, philanthropie (Saint Simon), humanitarisme (P. Leroux), fraternité (Cadet), égalité
(les successeurs de Buonarroti).

Les sources immédiates

Louis Blanc écrit en effet dés 1847, dans son Histoire de la Révolution française, cette phrase, où le sujet est Louis-Claude de Saint-Martin :"Et le mot de la grande énigme, qu'il posait devant la nation française, c'était : Liberté, Egalité, Fraternité !formule que, dans son style symbolique il appelait le ternaire sacré et dont il parlait d'un ton solennel".

Le texte de Louis Blanc, n'aurait – il pas constitué le plus prochain stimulus des membres du Gouvernement provisoire ? Ne les aurait-il pas guidés dans leur choix d'une devise pour la IIe république ? Ce même texte, de Louis Blanc n'aurait-il pas aussi persuadé, ou fini de persuader, les fancs-maçons de 1848 que la devise relevait de leur patrimoine ; n'aurait-il pas actionné la revendication qu'ils soutiendraient désormais sans relâche ?

Il se peut donc que Louis Blanc, en 1847, soit source immédiate de l'inspiration des quarante-huitards qui placèrent officiellement la France sous la devise "Liberté, Egalité, Fraternité". Il se peut donc que Louis Blanc, en 1847, ait expressément – et rétroactivement – maçonnisé cette devise.

Mais voici notre second auteur : Pierre Leroux autre source sûrement.
Pierre Leroux élabore sa doctrine, grosso modo entre 1830 et 1848. Or, dès 1833, il affirme :
"Nos pères avaient mis sur leur drapeau, liberté, égalité, fraternité. Que leur devise soit encore la nôtre". Il y a de la métaphore dans ces deux phrases. Les grands ancêtres n'ont jamais brodé au fil sur le tissu de leurs étendards la devise qui sera celle de 1848.

Pourquoi ces trois mots ? pourquoi pas un seul ou deux pourquoi pas quatre ou davantage ? il y a de cela une raison profonde. En effet, l'homme étant, comme nous l'avons démontré ailleurs, triple et un dans tous les actes de sa vie, c'est-à-dire simultanément sensation – sentiment – connaissance, il faut en politique un terme qui réponde à chacun de ces trois aspects de notre nature.
Au terme sensation de la formule métaphysique répond le terme liberté de la formule politique ; au terme sentiment répond le mot fraternité ; au terme connaissance répond l'égalité.

Qui l'a trouvée cette formule sublime ? On l'ignore ; personne ne l'a faite, et c'est tout le monde pour ainsi dire qui l'a faite.

Je récapitule avec Leroux : "La formule est donc complète. Le citoyen a donc un dogme, c'est l'Egalité ; un motif de se manifester et d'agir, c'est la Liberté ; une règle morale pour bien agir, c'est la Fraternité humaine".

La Révolution française a justement résumé la politique dans ces trois mots : Liberté, Egalité, Fraternité.

Or, avant février, la franc-maçonnerie ne se soucie, en aucune façon, de la devise qu'elle adoptera en 1849.

Mais, peut-être, Bésuchet, en cautionnant la devise républicaine, a-t-il excité ses frères maçons à l'adopter eux-mêmes. Car un an après la chute de Louis-Philippe, la devise va être maçonnique.

(à suivre)

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# Posté le samedi 02 décembre 2006 12:45

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