Histoire et pratique.
Nombreux sont parmi les maçons et les profanes ceux aux yeux desquels « Liberté, Egalité, Fraternité » a toujours été la devise maçonnique par excellence, et le reste aujourd'hui.
L'histoire montre qu'il n'en est rien.
La devise apparaît d'abord en milieu profane, on l'a vu, et elle n'est entrée dans la franc-maçonnerie qu'en 1849.
Très peu de frères , par rapport à la masse des francs-maçons, revendiquent son égide des frères français, belges, espagnols, hispano-américains, italiens.... Soit quelques dizaines de milliers au total sur six millions de maçons.
La devise a un passé : il est bref et surprend. L'hérédité de la devise et son jeune âge, sa réclusion et ses liaisons la rendent suspecte, et soulèvent un problème pratique.
D'où le problème pratique, puisqu'il revient à se demander : peut-on et faut-il conserver la devise ?
Certains auteurs francs-maçons ont suggéré d'aménager cette devise : en « Liberté, Equité, Fraternité » ou bien en « Liberté, Equité, Amitié ». Le problème est de savoir si la jambe est de bois, ou engourdie...
Fernand Chapuis rappelle que si la maçonnerie l'à reprise en 1849, c'est parce qu'elle correspondait à sa mentalité, à son idéologie, parce qu'on la croyait venue des temps anciens...Mais elle n'en demeure pas moins une devise « politique ».
De même que les suprêmes Conseils Ecossais ont pris pour devise universelle «ORDO AB CHAO » ne conviendrait-il pas que la maçonnerie bleue adopte une devise- commune à tous les temps, à tous les pays, à tous les régimes – trait d'union de toutes les maçonneries mondiales, savoir : “Sagesse- Force- Beauté”, en marquant ainsi à la fois l'Union de toutes les maçonneries et le caractère d'universalisme du Rite Ecossais Ancien et Accepté.
Le propos paraît convaincant, dans la mesure où "Liberté, Egalité, Fraternité" manifeste en maçonnerie, une erreur, une déviation, pourquoi la conserver ? Pour deux raisons, semble t-il d'importance inégale et donc aucune ne me paraît ni décisive, ni négligeable.
Première raison : elle est d'ordre sentimentale. Attention : il ne s'agit point ici de respecter la tradition. C'est au contraire, le convent de 1848 qui a innové. Mais L'innovation porta sur un point accessoire dans la forme à une histoire qui eut ses grandeurs, au confins du maçonnisme.
Deuxième raison : que cette innovation tolérable constitua un apport positif. Puisque la tradition n'interdit pas de prêter attention à la voix du sentiment en envisageant de garder la devise, étant bien entendu qu'elle perde ses connotations profanes.
René Guénon, souhaitait qu'on restituât à la devise son sens original, qu'il prétendait initiatique. Mais ce sens original n'a jamais été que profane.
Alors, peut-on récupérer la devise, la sauver malgré elle en dépit de ses antécédents ?
Dans le cas d'une réponse affirmative, la devise ainsi repêchée pourrait être capable d'enrichir la franc-maçonnerie. Ce serait une raison pour étayer l'attachement sentimental, et le doter d'une valeur maçonnique.
Essais de récupération.
En politique cette formule a pu réserver des déception ; il n'en est pas de même en initiation. Oswald Wirth motive son jugement en analysant, pour mieux exhorter à les vivre, la liberté, l'égalité, et la fraternité du philosophe : ligne morale et ascétique. Qui empêcherait d'associer la liberté au fil à plomb, l'égalité au niveau, la fraternité à l'équerre ?
Ligne occultiste que celle où nous engage Robert Ambelain : l'astrologie fonde et qualifie la vraie liberté ; la magie fonde et qualifie la vraie égalité ; l'alchimie fonde et qualifie la vraie fraternité.
Ligne proprement symbolique : le ternaire républicain, puis maçonnique, selon la chronique germe d'une racine gnostique, la liberté déclarerait alors l'ésotérisme de la foi, l'égalité celui de l'espérance, et la fraternité celui de la charité.
Enfin, la ligne de la perspective initiatique, avec quoi convergent les lignes précédentes mènerait à la synthèse ésotérique de saint Martin, dont il ne néglige pas mais exhausse le sens politique, à la “grande affaire” de l'homme selon lui : sa réintégration.
C'est ce que Georges Allary et Denis Roman résument, dans un vocabulaire différent et très spécial, puisqu'ils l'empruntent à René Guénon
“C'est trois mots” écrit le premier “sont susceptibles d'une interprétation parfaitement orthodoxe : le but suprême de l'initiation est la « Délivrance »
Et Denis Roman : "Quant à l'Egalité sans doute faut-il l'envisager ici surtout en tant qu'elle exprime une idée d'équilibre (qu'on pense à l'équilibre de la balance et à l'invariable Milieu). La Liberté totale, l'Egalité parfaite et la Fraternité universelle ne constituent pas un idéal politique ; mais elles sont une réalité initiatique, qui sera réalisée par le Maître Maçon lorsqu'il accédera, effectivement et non plus virtuellement, aux mystère de la « Chambre du Milieu "
Voyons cela de plus près.
La tache du maçon consiste à planter une communauté, à bâtir un temple de pierre d'hommes, qui ne soit pas seulement aux dimensions de la franc-maçonnerie, mais à la mesure de l'humanité entière.
Que les querelles politiques, comme les querelles religieuses, restent interdites en loge.
Mais que l'action du franc-maçon puisse, et doive, par delà soi-même et la loge, toucher directement le monde profane.
Or, la tradition maçonnique détermine l'éthique sociale autant que personnelle du franc-maçon, c'est-à-dire de croire en dieu vivant et en l'immortalité de l'âme, et d'obéir à la loi morale.
On peut certes dire qu'au XVIIIe siècle, la liberté, l'égalité, et la fraternité furent parmi les idéaux d'une franc-maçonnerie qui n'a pas manqué aux devoirs traditionnels. Et l'interprétation moderne du XXe siècle fait injure aux maçons d'antan.
Car elle s'inspire souvent de l'idéologie de 1848 qui contamina, officiellement en 1949 le Grand orient de France. La difficulté est que parfois, la signification profane a contredit la signification traditionnelle.
L'interprétation religieuse chère à 48, s'exprime alors trop quarante-huitardement. Mais, exprimée généralement, elle indique une direction traditionnelle.
Si la devise est d'origine profane, peut-être l'origine des idées de liberté, d'égalité, et de fraternité, réfère-t-elle au sacré authentique ?
L'intermédiaire des chercheurs et curieux :
« Ainsi les notions d'égalité et de fraternité ont été clairement exprimées il y a près de deux mille ans, déjà, dans l'évangile. La notion de liberté y apparaît moins nettement, Jésus n'a pas condamné l'esclavage, peut-être parce qu'il vivait dans une société où il n'y avait pas ou peu d'esclaves, mais elle découle nécessairement des deux autres : on n'opprime pas des égaux et des frères. »
Au cours d'une émission radiophonique, en décembre 1968, le porte parole de la Grande Loge de France tenta sur l'origine religieuse de la devise, une exégèse d'un gnosticisme assez noir .
« De ce message de Saint Jean qui permet de répondre valablement aux questions que l'on peut se poser sur la nature de l'homme et du monde, il se dégage également une morale qui apporte aux éternels problèmes de l'humanité des solutions d'une actualité brûlante et qui sont conformes aux principes d'où découle notre devise : Liberté, Egalité, Fraternité ».
Au moulin de Cornélius, un autre correspondant de l'intermédiaire apporte de l'eau. Il soutient que la liberté aussi figure dans l'Evangile, puis découvre les bases sociales de la devise chez La Boétie en connexion avec ses bases naturelles et psychologiques, et universelles et voit en « Liberté, Egalité, Fraternité » une « majestueuse idée politique fondée sur la philosophie naturelle »
Je reproduits le document, il vaut la peine.
Ca commence mal : « cette devise qui, sous cette forme, est d'origine maçonnique doit donc logiquement, venir de très loin, et, en somme de très haut. »
Mais çà continue mieux :
« je désirerais poser un jalon de plus et digne d'attention, il me semble, sur la route de l'histoire littéraire indiquée par Cornélius qui, en toute sympathie, paraît n'y voir que d'un ½il quand il relit sa Bible ; comment autrement ne par remarquer combien la notion de liberté est fréquente, sous tant de formes,explicites, textuelles, ou diffuses, dans le nouveau Testament ».
Saint-Yves d'Alveydre
Je ne citerais ici que le mot de passe de la révolution : liberté, égalité, fraternité.
Les trois principes de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité sont en toutes lettres dans la cosmogonie égyptienne de Moïse : ROUAH AELOHIM, l'esprit moteur, Adam, l'homme universel, IHOHA Dieu et la nature, puissance constitutive de l'Univers.
Ces trois principe principes inversés sont aussi dans la Trinité Chrétienne : PERE, FILS, SAINT-ESPRIT ; le père renfermant en lui la MERE ou la NATURE.
Emile Rinck le fondateur de l'anthroposophie et très proche de Saint Yves :
« dans une société organisée suivant le principe de la tripartition pourra être enfin réalisée la devise toujours actuelle, mais jamais appliquée de la Révolution Française ; Liberté, Egalité, Fraternité. Liberté de la vie culturelle et spirituelle, comprenant bien entendu l'enseignement sous tous ses aspects, Egalité dans le domaine politique-juridique, Fraternité dans tout ce qui touche au secteur économique, permettront de construire la société de justice et de paix sociales, du libre épanouissement des individus à laquelle aspire toute l'humanité.
Mais finalement, c'est à la maçonnerie même qui incombera d'apprécier. La meilleure solution, la seule, sera celle qui permettra à tous franc-maçon d'être reconnu comme tel par tous ses frères.